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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
   POUCY Anne Yvette
 

Est née le 1er juin 1904 à Bessières (31). Son père Etienne est cultivateur et sa mère Marie née MOISSAC est couturière.

Elle est domiciliée 44, avenue du Président Doumer à Vichy (03) et son compagnon, René CHABRIER, est représentant de commerce.

Source de la photo ci-contre: Archives départementales du Puy-de-Dôme 1296 W 1537.
 

Elle entre sous le pseudonyme de «Civette» au réseau de renseignements «Marco Polo» par l'intermédiaire de son compagnon, René CHABRIER, lui-même recruté par Madame CHABROL.

Elle est arrêtée dans l'affaire Marc JUGE le 23 février 1944 par la Gestapo de Vichy et internée le 24 à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (03).

Madame Yvonne MONCEAU, auteur du livre  " Une prison militaire allemande à Moulins La Mal-Coiffée" écrit à son propos: " Ma voisine de gauche était une très jolie femme de quarante ans, Melle Y.P... Elle avait de beaux cheveux ondulés, de beaux yeux noirs avec de longs cils de bébé-jumeau, une jolie bouche, de belles dents, possédait un magnifique manteau de renard.(...) Elle avait été arrêtée à Vichy quelques jours après son ami. Tous deux avaient été amenés à Moulins; elle était là depuis cinq jours quand je suis arrivée et, depuis cinq jours, elle ne mangeait pas; elle buvait du café, c'est tout; elle tricotait sans arrêt. Deux fois la Gestapo de Vichy devait venir l'interroger. Chaque fois, elle était sortie de cet interrogatoire les traits décomposés, d'un pâleur verte, effrayante. Après l'une de ces terribles visites, elle avait dit, comme se parlant à elle-même: ""Qu'il m'arrive n'importe quoi, mais qu'ils ne m'interrogent plus, c'est affreux, c'est affreux"". (...) Ce que j'ai su après, comme toujours, c'est qu'elle était au courant de beaucoup de choses touchant la Résistance dont était son ami, et qu'elle ne parlât pas, car son arrestation fut la dernière et, si elle avait parlé, il y en aurait eu beaucoup d'autres, et beaucoup d'autres fusillades aussi".
 
Note: René CHABRIER, Marc JUGE et  Henri MOREAU, tous membres du réseau "Marco Polo",  sont fusillés le 24 mars 1944 au stand de tir du 92ème Régiment d'Infanterie à Clermont-Ferrand (63).
Pour bien comprendre l'Affaire Marc JUGE lire  le livre d'Eugène Martres  Les Archives parlent Auvergne-Bourbonnais (1940-1945) publié en avril 2004 aux Editions De Borée.
 
Quant à Yvette POUCY elle est transférée le 6 avril de Moulins au Fort de  Romainville.
 

Le Fort de Romainville

Ce fort militaire est situé sur la commune des Lilas en Seine-Saint-Denis au nord-est de Paris. Il accueille d'abord des prisonniers de guerre et des otages, dont certains seront fusillés au Mont-Valérien. Puis à partir de 1943 il devient l'antichambre de la déportation avant de servir de prison pour femmes en 1944.
 
Photographie, prise à la Libération, des casemates où étaient enfermés des détenus. Source: Les oubliés de Romainville un camp allemand en France (1940-1944) par Thomas Fontaine Editions Taillandier mai 2005

 
Le 18 avril 1944 elle est déportée –ainsi qu' Yvonne MOREAU- de Paris gare de l'Est à Ravensbrück où elle arrive le 22 dans le convoi N° I.204. Elle reçoit le matricule N° 35449 et elle reste à Ravensbrück aux Blocks 15, 26 et 31.

Dans son livre "J'ai donné la vie dans un camp de la mort", Madeleine AYLMER qui a donné naissance à sa fille Sylvie à Ravensbrûck, témoigne de la solidarité et de l'humanité d'Yvette POUCY: "Sans mes compagnes,serions-nous vivantes, Sylvie et moi? Peut-être. Sans Yvette Poucy? Sûrement pas! Elle avait toujours chaud, j'avais toujours froid. Elle me réchauffait. Auprès d'elle, j'étais bien. Elle m'aidait à marcher, me soutenait, la neige collait aux semelles de mes patines, je glissais, je tombais, elle me relevait. Ne pas se relever à l'Appell signifiait la mort, rien qu'à cause de cela, je ne serais pas revenue. J'ai dit le danger du froid, la somnolence mortelle, Yvette ne m'a pas laissée m'endormir".

Yvette POUCY est libérée en avril 1945.

Le 14 mars 1946 elle épouse Maurice CARTRON à Fronton (31).

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 487759), elle est homologuée en tant que Résistante au titre  des F.F.C. (Forces Françaises Combattantes)  et des D.I.R. (Déportés et Internés de la Résistance).

Elle décède le 7 février 1973 à Buzet-sur-Tarn (31).
 

Sources:

- Archives Départementales du Puy-de-Dôme 908 W 168, 2330 W 94, 1296 W 1537,

- Aylmer-Roubenne Madeleine "J'ai donné la vie dans un camp de la mort" Editions Jean-Claude Lattès 1997

- Etat civil de Bessières (31)

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Martres Eugène Les Archives parlent Auvergne-Bourbonnais (1940-1945) Editions De Borée avril 2004

- Monceau Yvonne Une prison militaire allemande La Mal-Coiffée Crépin-Leblond Editeur Moulins 1945

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 487759)
 
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