Err

Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 
MAYER Alexandre
 
Archives de la famille

Est né le 6 mai 1910 à Saint-Max (54). Son père Mayer MAYER est négociant et sa mère Alice MAYER est sans profession.

Photo: Archives de la famille

Le 22 octobre 1930 il s'engage pour 18 mois au 45ème Bataillon du Génie Télégraphiste et est transféré à Alger. Il est démobilisé le 22 avril 1932.

 

Il exerce ensuite la profession d'employé de commerce.

Rappelé le 1er septembre 1939 il est affecté au 18ème Régiment du Génie et est démobilisé à Plauzat (63) le 2 septembre 1940. Il est cité à l'ordre du Régiment le 29 janvier 1942: «A fait preuve le 13 juin 1940 des plus belles qualités. Exploitant le Central Téléphonique d'Arcis-sur-Aube violemment bombardé par l'aviation ennemie, n'a quitté son poste que lorsque l'incendie a gagné les locaux. A réussi à rejoindre son unité.»

Lui est attribuée la Croix de Guerre avec Etoile de Bronze.

Il quitte Lunéville (54) avec sa mère pour se réfugier au N° 15, rue Callou à Vichy (03) où ils se font recenser comme Juifs français conformément à la loi antisémite du 2 juin 1941 de l'Etat Français.

 Source: Archives Départementales de l'Allier 756 W 1.
 
 
Alexandre MAYER et sa mère  sont fichés par l'Etat Français en 1943 en tant que Juifs français (Fiches oranges).

Source des fiches ci-dessous à gauche et au centre: Archives Départementales de l'Allier 996 W 778 W 112.

Source de la photo ci-dessous à droite: Archives de la famille. 
Photo prise à Lapalisse d'Alexandre MAYER et sa mère Alice en 1944 peu de temps avant son arrestation. 

Il trouve un emploi de téléphoniste à l'Hôtel Thermal qui est situé au 9, rue du Parc et qui est le siège du Ministère de la Défense. 



Il est licencié en 1943 à cause des lois antijuives. 
Puis il trouve un emploi comme gardien de nuit à l'Hôtel Monceau qui se trouve à 100 mètres de l'Hôtel de la Gestapo.

Il est arrêté par la Gestapo le 17 juin 1944 à Vichy et est interné à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (03). Il est transféré le 15 juillet 1944 à Drancy où il reçoit le matricule N° 25169.

Le 31 juillet 1944 il est déporté de Drancy à Auschwitz par le convoi N° 77. 

Source du document ci-dessus: Mémorial de la Shoah C77_42.

Dans Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Serge Klarsfeld écrit à propos du convoi N° 77: " Le nombre des déportés était de 1300. Ce convoi 77 (...) entraîne vers les chambres à gaz d'Auschwitz plus de 300 enfants de moins de 18 ans. (...) 291 hommes furent sélectionnés avec les matricules B 3673 à B 3963; de même pour 283 femmes (A 16457 à A 16739). Il y avait en 1945 209 survivants dont 141 femmes".

Selon la famille, "Il travaille dans plusieurs Kommandos dont celui chargé de la construction d'une route entre la gare d'Auschwitz et le camp. Il échappe à plusieurs sélections. Lors d'un séjour à l'infirmerie, un médecin autrichien pratique sur lui ""une expérience"" en lui injectant de la tuberculine.Grâce au dévouement d'un ami et d'un médecin détenu, il sera opéré et restera à l'infirmerie en décembre et janvier 1945. Il échappe ainsi à la Marche de la Mort".

Il est libéré par les Soviétiques le 27 janvier 1945. Le 18 mars il quitte Auschwitz en camion pour une première étape: Katowice, puis en train destination Odessa où il arrive le 29 avril et enfin  le bateau jusqu'à Marseille le 9 mai.

Le 30 avril 1949 il épouse Marcelle LÉVY à Saint-Mihiel (55).

Il décède le 15 mars 1980 à Colmar (68).
 
 
Annexe N° 1: L'arrestation.
"Le 17 juin 1944 à 8 h 45, en retard pour me rendre au bureau des Constructions Provisoires, je ne pensais qu'à rattraper le temps perdu. Arrivé au bas de l'escalier, j'avais déjà la main sur la poignée de la porte, lorsque je vis apparaître, venant au bureau de l'hôtel, Mme Rossignol, la propriétaire, échevelée, en peignoir, qui, haletante, me dit: ""Fuyez, on vient pour vous arrêter"". Je réalisai immédiatement; car depuis quatre ans que j'habitais Vichy, j'avais très souvent appréhendé cet instant. Malheureusement, il était trop tard pour fuir, car, derrière elle, trois hommes, trois inspecteurs de la Gestapo, revolver au poing avaient surgi:
"Vous êtes bien Mayer?", "Oui","Juif?"
"Oui" Que pouvais-je répondre d'autre?
Retour à l'hôtel Monceau où, encadré par deux de ces messieurs- le troisième montant la garde-, je montai dans ma chambre pour prendre quelques vêtements. Je sentais depuis longtemps que je serais arrêté et j'aurais dû être prêt à cette éventualité.  Eh bien je tremblais comme une feuille en empilant dans ma valise trois pantalons (pourquoi?), deux pulls, quelques chemises et le peu de provisions que je possédais. Pendant ce temps mes gardiens ne restaient pas inactifs: ils fouillaient et retournaient tout, sans succès d'ailleurs, car, prévoyant ce qui m'arriverait, j'avais un mois auparavant déménagé mon maigre bagage chez ma mère à Lapalisse."
Source: Alex Mayer  Auschwitz, le 16 mars 1945  Editions Le Manuscrit 2004

Annexe N° 2: Une sélection à Auschwitz.
" Quelques jours avant d'entrer à l'hôpital, alors que nous mangions notre soupe debout sur un terrain détrempé par une pluie diluvienne, un ordre fut apporté par un S.S. D'un coup de sifflet, on nous fit rassembler aussitôt. Dix minutes après, un groupe de personnages importants qu'accompagnait le Lager Altester (1) tout de noir vêtu, vint nous passer en revue. Cette première visite ne l'ayant sans doute pas contenté, il nous fit déshabiller. Passant parmi nous, tâtant là un biceps, mesurant plus loin d'un œil connaisseur poitrines ou bras musclés, il sélectionna une centaine de nos camarades. Nouveau coup de sifflet, on remit nos vêtements, on reprit pelles, brouettes et pioches, et le travail reprit.
Je ne revis jamais les camarades sélectionnés."
(1) Lager Altester: détenu exerçant la fonction de chef de camp.
Source: Alex Mayer  Auschwitz, le 16 mars 1945  Editions Le Manuscrit 2004.

Annexe N°3: La libération d'Auschwitz.
" Le 27 janvier, jour historique
La bataille faisait rage. Nous étions le 27 janvier, jour historique.
Il y eut d'abord une préparation d'artillerie qui dura jusqu'à midi. L'air grondait. Nous voyions distinctement les arrivées et les départs des obus qui passaient au-dessus du camp, l'épargnant par le plus grand des hasards.
De mon lit, l'après-midi, je vis sur  une des routes aboutissant au camp, des tâches plus claires que la neige. Les Russes étaient vêtus de blanc. Le soleil projetait leurs ombres jusqu'au mur d'enceinte où ils parvinrent bientôt, tantôt courant, tantôt rampant, se protégeant derrière des arbres.
Sans s'attarder à enfoncer une des portes, ils pénétrèrent dans l'enceinte du camp, après que quelques obus bien placés y eurent fait une brèche.
Nos sauveurs furent bien étonnés de voir se précipiter sur eux et sauter à leur cou des êtres à moitié nus et vêtus d'une façon invraisemblable. Mais leur maigreur dut les rassurer. Un officier me dit par la suite qu'ils croyaient bien le camp vide, car sur tous les chemins avoisinants, de nombreux cadavres en pyjamas jalonnaient la retraite précipitée des Allemands".
Source: Alex Mayer  Auschwitz, le 16 mars 1945  Editions Le Manuscrit 2004

Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 756 W 1, 1864 W 1, 996 W 778 W 112,

- Archives Départementales de Meurthe-et-Moselle 1 R 1930.617,

- Archives de la famille

- Centre de Documentation Juive Contemporaine C77_42

- Etat civil de Saint-Max (54)

- Klarsfeld Serge Liste des transferts de Vichy à Drancy

- Klarsfeld Serge  Mémorial de la Déportation des Juifs de France  1978

- Mayer Alex  Auschwitz, le 16 mars 1945  Editions Le Manuscrit 2004


©  AFMD de l'Allier