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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 
BERNSTEIN Odette Fanny
 
Photo transmise par Catherine Bernstein

est née le 2 juillet 1901 au domicile de ses parents au N° 1, rue Soyer à Neuilly-sur-Seine (92). Son père Paul BERNSTEIN est homme d'affaires et sa mère Pauline Alix née NEUBURGER est sans profession.

Modiste célibataire elle est domiciliée 19, avenue de Friedland à Paris (8ème).
 
Photo transmise par Monique et Catherine Bernstein.
Ne pouvant plus supporter les mesures discriminatoires et vexatoires imposées aux Juifs, elle décide de passer en Zone Libre.

Elle est arrêtée le 19 septembre 1942 en tentant de franchir la Ligne de Démarcation et est internée à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (03).

Elle est transférée  le 19 octobre 1942 à Beaune-la-Rolande (45) dans un convoi de 11 personnes.

Source du document ci-dessus: Archives Départementales du Loiret 20 M 34121.
Fanny est ensuite transférée à Drancy le 19 juin 1943.

Le 18 juillet 1943 elle est déportée de Drancy à Auschwitz par le convoi N° 57.

Source du document ci-dessus extrait de la liste du convoi N° 57: Mémorial de la Shoah C 57_6.

Dans Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France, Serge Klarsfeld écrit à propos du convoi N° 57: " Le convoi est parti le 18 juillet à 9 H 30, non plus du Bourget/Drancy, mais de Paris/Bobigny avec 1000 Juifs à destination d'Auschwitz. (...) 552 hommes, 430 femmes et 18 indéterminé dans ce convoi. 126 enfants de moins de 18 ans. (...) A l'arrivée, 369 hommes furent sélectionnés avec les matricules 130466-130834 ainsi que 191 femmes (50204-50394). Le reste du convoi fut immédiatement gazé. Il y avait en 1945 43 survivants dont 16 femmes".

 Elle décède le 23 juillet 1943 à Auschwitz (Pologne) selon le JO N° 287 du 11 décembre 2011.

" Mort en déportation" suite à l'arrêté de l'Office National des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en date du 6 octobre 2011 paru au Journal Officiel N° 287 du 11 décembre 2011.

 

Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 996 W (778 W 15.4),  Mesures antisémites Déportation Liste des Juifs arrêtés par les autorités allemandes à la Ligne de Démarcation,

- Archives Départementales du Loiret 20 M 760, 34121,

- Biographie et documents  transmis par Catherine Bernstein. Voir ci-dessous.

- Centre de Documentation Juive Contemporaine

- Etat civil de Neuilly-sur-Seine (92)

Klarsfeld Serge Mémorial de la Déportation des Juifs de France  1978

- MemorialGenWeb  site Internet

Biographie d'Odette Fanny BERNSTEIN rédigée et transmise à l'AFMD de l'Allier par Catherine BERNSTEIN, petite-nièce de Fanny.

 
"Tout ce que j'ai pu reconstituer de la vie de Fanny Berger, ou une vie sur trois pages."
 
 
Photo transmise par Catherine Bernstein

Fanny naît le 2 juillet 1901 à Neuilly sur Seine à 7 heures du soir. Deux jours plus tard son père, Paul Bernstein, la déclare à la mairie sous le nom d'Odette Fanny Bernstein. Il avait déjà un fils, Serge, d'un an l'aîné de Fanny et 3 ans plus tard naît Daniel.

Originaire de Kichinev en Biélorussie, Paul Bernstein s'installe en France avec sa soeur et son frère, Rosa et Maurice, et devient liquidateur dans les procès internationaux.
 
La mère de Fanny, Alix Neuburger, gérante d'une affaire de disques, vient d'une famille bourgeoise installée depuis longtemps au Palais-Royal. Elle et son mari sont Juifs. Mais ils ne sont ni croyants, ni pratiquants.
 
Photo transmise par Monique et  Catherine Bernstein.

Tout porte à croire que c'est à Neuilly que Fanny a passé son enfance.

Fanny vit entre une mère autoritaire, critiquant tout le monde et de surcroît extrêmement misogyne et un père bon, mais faible.

La mère de Fanny finit par se fâcher avec ses dix frères et sœurs. Fanny cesse donc petit à petit de voir ses oncles, ses tantes, et ses cousins et, très jeune, quitte son foyer familial pour ne plus revoir sa mère. Toutefois, à l'insu de celle-ci, Fanny continuera de voir régulièrement son père.

Voilà le peu de choses que l'on sait sur son enfance et sa jeunesse.

Il faut attendre ses 30 ans pour retrouver sa trace. A cette époque, elle ouvre un salon de modiste rue de Richelieu, puis avenue de Wagram. Les chapeaux qu'elle crée sont rapidement remarqués.

Le 17 novembre 1932 elle enregistre son salon de mode sous le nom de Fanny Berger, au registre de commerce.
 
Ci-dessus en-tête de lettre et carton d'invitation transmis par Monique et Catherine Bernstein.
 

Son salon de mode est situé au 4, rue Balzac près des Champs-Elysées. Elle a alors 31 ans.

Entre 1932 et 1939, elle rencontre Raymond de Sonis avec lequel elle a une relation suivie. Grand séducteur vivant dans un grand studio situé sur le Champ de Mars, il travaille dans une entreprise de matelas.

Au moment de l'invasion allemande, puis de l'armistice en juin 40, Fanny a 39 ans et ses chapeaux connaissent un succès certain. Elle voit de nombreux Juifs de Hollande, de Belgique et du Luxembourg affluer, tandis que d'autres de Paris se réfugient dans le Sud de la France. Des actes antisémites sont perpétrés de plus en plus ouvertement dans la capitale ce que Fanny ne peut ignorer. Les 20 et 21 août 1940, les vitrines des magasins juifs des Champs-Elysées sont détruites. Son salon de mode est au 1er étage, il est épargné.

Le 2 octobre, Fanny apprend par le journal qu'elle doit se faire recenser en tant que juive. «Est regardé comme juif toute personne issue de trois grands-parents de race juive…». Fanny a quatre grands-parents juifs. La lettre B tombe deux jours plus tard.

Le 4 octobre, elle se rend au commissariat du VIIIème arrondissement situé sous le Grand-Palais pour se faire recenser. Ce jour-là, on lui donne un matricule qui figurera dans son «dossier juif». C'est le numéro 20 900.

Quelques jours plus tard, le 18 octobre, Fanny doit coller sur la vitrine de sa boutique une affiche jaune indiquant en allemand et en français qu'il s'agit d'une entreprise juive.

Elle apprend que son père ne peut plus exercer son métier.

Entre le 22 octobre et le 7 novembre 1940, Odette est à nouveau convoquée à son commissariat, mais cette fois individuellement. Sa carte d'alimentation est tamponnée avec la mention «Juive» et on lui remet sa première carte d'identité. Les journaux rassurent les Parisiens en spécifiant bien que «la carte d'identité de Français n'est qu'à l'état de projet».

Le 26 avril 1941, Fanny n'a plus le droit d'être en contact avec sa clientèle. Elle doit se mettre à l'écart dans sa boutique, ne pas être visible de ses clientes.

Le lendemain, elle reçoit son frère Daniel ainsi que ses deux enfants Michel âgé de dix ans et Monique de six. Elle les héberge deux nuits. Les enfants cachés dans un hameau de l'Yonne depuis plus d'un an gardent le souvenir d'une femme terrorisée contrastant avec l'image de femme pleine d'assurance et de réussite qu'ils avaient croisée dans le passé.

Le 28 mai 1941, Fanny apprend qu'elle ne peut plus accéder à son compte en banque, ni à son livret de caisse d'épargne.

Le 5 juillet 1941, elle est informée que l'administrateur de bien, Monsieur Georges Nérot, est chargé de vendre son salon de mode. Si elle refuse, son entreprise sera liquidée. Elle n'a donc pas le choix.
 
Document transmis par Catherine Bernstein

Document transmis par Monique et Catherine Bernstein.

Entre le 13 août et le 1er septembre, elle se rend à nouveau à son commissariat pour déposer son poste de TSF.

C'est une de ses anciennes employées, Mademoiselle Martin, qui fait une offre de rachat de l'entreprise Fanny Berger auprès de l'administrateur de bien.

Le 5 septembre, elle voit sur les murs de sa ville des affiches annonçant l'ouverture au Palais Berlitz de l'exposition «Le Juif et la France».

Fin septembre, Monsieur Nérot informe le Service du Contrôle des administrateurs-provisoires que: «Mademoiselle Fanny Bernstein, propriétaire israélite, est prête à signer l'acte de vente.»

Le 3 octobre 1941, Fanny, ainsi que tous les Juifs dont le nom commence par un B, se rend à la Préfecture de Police, dans le cadre d'un nouveau recensement. Elle doit être munie de sa pièce d'état civil et de sa carte d'identité.

Le 29 novembre 1941, Fanny est obligée de s'affilier à l'UGIF, Union Générale des Israélites de France, organisme ambigu créé à l'initiative des Allemands et de Vichy.

Le 8 décembre 1941, Fanny signe chez Maître Faroux l'acte de vente de son salon de mode. Fanny ne perçoit rien de cette vente. Deux témoins sont présents afin de garantir que c'est bien elle qui signe. Les deux témoins sont Louis de Geoffre de Chabrignac et Raymond de Sonis.

En janvier 1942, Fanny souffre du froid. C'est un hiver particulièrement rigoureux. L'eau gèle dans les canalisations durant quatre semaines. Il n'y a plus de charbon dans la capitale et la nourriture devient très difficile à trouver.

Fanny doit chercher un nouveau logement. Elle n'a pas le droit de quitter le département de la Seine.

Le 5 février 1942, Fanny doit définitivement ne plus apparaître dans son salon de mode et domicile. Elle s'installe à quelques mètres plus loin, au 19 avenue de Friedland où elle loue une chambre dans un petit hôtel «Logeur en garni».

Elle se rend aussitôt à son commissariat de quartier afin de signaler sa nouvelle adresse, comme la loi l'oblige depuis peu aux Juifs.

Le 10 février 1942, Fanny redevient Odette Bernstein, car elle n'a plus le droit d'utiliser le prénom et le nom qu'elle s'était choisi.

Fanny n'a plus le droit de sortir de 20 heures à 6 heures du matin.

Le 3 mars après 21 heures a lieu un bombardement. Fanny n'a pas le droit de se réfugier dans les abris du quartier. Elle reste dans son meublé pendant que l'immeuble se vide de ses habitants.

Fanny apprend durant ce printemps 42 que son frère aîné, Serge, s'est fait arrêter.

Le 13 mars Fanny entend en plein jour les sirènes. Tout le monde se précipite vers les abris mais pas elle.

Le 2 avril dans son lit, Fanny entend de 4 à 6 heures du matin un bombardement d'une extrême violence.

En mai, elle apprend que son frère Daniel a lui aussi été arrêté chez lui durant la nuit du 4 mai, suite à une dénonciation.

Le 2 juin, Fanny va chercher à son commissariat trois étoiles jaunes. Elle a jusqu'au dimanche 7 juin pour les coudre «solidement et bien visible sur le côté gauche de son vêtement».

Dans le cinéma près de son logement est diffusé «Le péril juif».

Fanny n'a désormais plus le droit de posséder un téléphone, ni de se rendre dans une cabine téléphonique.

Durant cet été 42, Fanny n'a plus le droit de pénétrer dans un jardin public, ni dans une piscine, ni dans les bains douches. Elle n'a pas le droit d'aller au cinéma, au théâtre à un concert, dans un musée, une bibliothèque, une exposition. Les concours sportifs, les champs de courses et les campings lui sont interdits comme entrer dans une auberge, un café. Elle n'a pas le droit de se rendre sur les marchés, dans les grands magasins, les magasins de détails et artisanaux pour y faire ses achats. Elle ne peut faire ses courses que de 15 à 16 heures, heure où la majorité des magasins d'alimentation sont fermés.

Elle n'a pas le droit pour se déplacer de posséder une bicyclette. Elle peut utiliser le métro, mais uniquement dans le dernier wagon des rames.

Le 19 septembre 1942, Fanny qui tentait de franchir la Ligne de Démarcation, est arrêtée sur le pont de Moulins.
 
Document de gauche: passage de la Ligne de Démarcation au Pont Régemortes à Moulins (03). Transmis par la F.N.D.I.R.P.
 
Document de droite: La Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins.
 

Elle est enfermée dans la seule prison totalement allemande sur le sol français. Il s'agit d'une ancienne bâtisse en plein cœur de Moulins équipée de cachots du XIVème siècle.

Un mois plus tard, le 19 octobre, avec 9 autres Juifs et sous la garde de 4 gendarmes français, elle voyage en train de Moulins à Beaune-La-Rolande dans le Loiret.

Durant exactement huit mois, elle est internée dans le camp de Beaune-La-Rolande.
 
Photo transmise par Catherine Bernstein Photo transmise par Catherine Bernstein
Document ci-dessus: Fiche du camp de Beaune-la-Rolande transmise par Monique et Catherine Bernstein.
 
Le 19 juin 1943 au matin, elle est fouillée par des paysannes du Loiret et emmenée, avec beaucoup d'autres internés, au camp de Drancy dont Aloïs Brunner vient de prendre la direction.
 
Document ci-contre: Fiche du camp de Drancy transmise par Monique et Catherine Bernstein.
 
Dès son arrivée, Fanny est fouillée.

Le 19 ou le 20 juin, Fanny est interrogée par Brunner qui cherche à savoir si elle a de la famille à Paris et où elle se trouve. Ses parents n'ont pas été inquiétés. Fanny a répondu qu'elle n'avait plus de famille à Paris.

Le 1er juillet, Fanny est tenue de déposer ce qui lui reste dans un compte qui lui est ouvert dans le camp. Elle y dépose 85 francs.

Photo transmise par Catherine Bernstein
 

Le 12 juillet, Fanny, comme tous les internés, doivent rester dans leurs chambres. Un nouveau contingent de Juifs raflés arrive ce jour-là au camp.

Le 14 juillet, Fanny doit observer une minute de silence afin de commémorer la fête nationale.

Le 15 juillet, Fanny est désignée par Aloïs Brunner pour le prochain convoi. Elle doit se rendre dans un autre escalier, celui des prochains déportés.

Le 17 juillet, elle doit descendre dans la cour à 8h30 du matin au milieu d'un groupe de cinquante personnes pour s'exercer à marcher en ordre et à se grouper, ce afin de préparer le départ du camp.

Elle a désormais interdiction formelle de sortir de son escalier.

A l'aube du 18 juillet 1943, Fanny est à nouveau fouillée et délestée de ses derniers effets. Elle est ensuite emmenée en bus avec 1000 autres Juifs à la gare de Bobigny située non loin du camp de Drancy.

Elle est ensuite enfermée avec d'autres dans un train de marchandises qui quitte la gare de Bobigny à 9h30.

Elle voyage durant trois jours en pleine canicule entassée dans un wagon.

Le 21 juillet, Fanny arrive dans le camp d'Auschwitz en Pologne. Quelques heures plus tard, elle est gazée.