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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

ISAAC Yaco/Jacob dit Jacques

Est né le 10 juin 1904 à Smyrne (Turquie).

Jacob ISAAC et son épouse Anna née DENTÈS née le 23 mars 1906 à Salonique (Grèce) entrent en France le 28 juillet 1924 ou le 5 mai 1932 selon les sources. Leurs trois enfants vont naître en France: Alexandre Behar, Zafira Marie et Raphaël Nisim. Ils résident 41, rue Pétion à Paris (11ème) depuis le 1er juin 1932 jusqu'au 1er février 1940.

Il est employé comme ouvrier spécialisé à la société La Tôlerie Industrielle 63, rue du Chemin Vert à Paris (11ème).

Source de la photo prise en février 1940: Archives de la famille.

Il est engagé volontaire pour la durée de la guerre 1939-1940 le 8 février 1940 devant l'Intendant Militaire de Paris au titre de la Légion Etrangère. Il est dirigé sur le Dépôt des Régiments de Volontaires Etrangers à Barcarès (66) le 16 mai 1940 avant de passer au 23ème Régiment de Marche des Engagés Volontaires Etrangers. Il est cité à l'ordre de l'armée le 3 juillet 1940. Il est dirigé le 7 septembre 1940 sur le Centre de Démobilisation de Caussade  (82).

Source du document ci-dessus:  UEVACJ-EA Liste N° 1 Feuillet N° 576  N° 14510.

En 1940 ils se réfugient à Ainay-le-Vieil (18) à la limite du Cher et de l'Allier.

En juin  1941 les quatre membres de la famille sont recensés comme réfugiés par la mairie à Ainay-le-Vieil (18). Raphaël Nisim naîtra le 28 novembre 1941 à Saint-Amand-Montrond (18). "Curieusement" il est recensé comme étant de nationalité Turque alors qu'il est né en France.


Le 12 mai 1942 Jacob ISAAC est embauché comme aide-maçon à la Société Parisienne d'Entreprises dont la Direction Générale est à Montluçon (03). Le chantier se trouve aux Mordelles à Saint-Hilaire (03). Il est logé par son employeur à la cantine de la société alors que sa femme et ses trois enfants restent à Ainay-le-Vieil (18).

Le 26 janvier 1943 ils figurent sur la liste de la sous-préfecture de Saint-Amand-Montrond (18) comme étant "susceptibles de ne pas avoir fait apposer la mention "Juif" sur leurs cartes d'identité".

Document  ci-contre. Source: Archives Départementales du Cher 5 W 324.



L'Etat Français fait preuve d'ingratitude à l'égard de Jacob ISAAC qui s'est engagé volontairement pour la durée de la guerre et qui a été cité à l'ordre de l'armée.

En effet le 2 septembre 1942 lui est envoyée une circulaire du préfet de l'Allier le mettant en demeure "d'avoir à quitter le département dans un délai de 15 jours" . Les mots  soulignés dans le texte de la circulaire l'ont été  par la préfecture. En clair, Jacob ISAAC est expulsé de l'Allier avec interdiction de résider dans le Puy-de-Dôme ou dans un département côtier. La raison, qui n'est pas précisée, est qu'il est Juif étranger.

Son employeur intervient auprès du préfet pour qu'il rapporte sa décision:

«Il s'agit d'un excellent ouvrier, d'une très bonne mentalité, qui ne s'est jamais livré à une activité politique quelconque depuis qu'il est à mon service.

Les travaux d'intérêt national dont je suis chargé, en particulier la construction de l'usine de distillation de schistes pour carburant à St Hilaire, sont considérablement retardés par manque de main-d'œuvre. Le départ de l'ouvrier Isaac Jacob, un de mes meilleurs éléments, aggraverait cette situation déjà très préoccupante».

Source du document ci-contre et ci-dessous: Fichier des Juifs français et étrangers. Archives Départementales de l'Allier 996 W 778 W 112.


L'employeur fait ressortir les qualités de travailleur de Jacob ISAAC dans un premier temps, puis insiste sur l'intérêt économique auquel le préfet antisémite est certainement plus sensible.

La décision d'expulsion sera effectivement rapportée et Jacob ISAAC fait venir sa famille à Buxières-les-Mines où ils sont domiciliés au lieudit Le Moulin à Vent à compter du 1er novembre 1942.


 


Pour subvenir aux besoins de la famille, Jacob ISAAC et son épouse vont solliciter l'aide financière du C.A.R. (Comité d'Assistance aux Réfugiés) et remplir un questionnaire.

Source du document ci-dessus: Mémorial de la Shoah/CDJC. Coll. Communauté Juive de Vichy CMLV 16.

Les parents Jacob et son épouse Anna figurent sur la "Liste des Israélites Etrangers actuellement en résidence dans le département de l'Allier", liste établie par la Préfecture de l'Allier le 26 mai 1943. Suite à ce recensement, ils sont fichés  par l'Etat Français en 1943 en tant que Juifs étrangers, donc fiches vertes. Les enfants sont fichés en tant que Juifs français, donc fiches oranges.
 

Source du document ci-dessus: Archives Départementales de l'Allier 996 W 194.01.


Le 8 septembre 1943 Jacob ISAAC est arrêté par la gendarmerie à son domicile. Selon son épouse il  est ensuite envoyé dans le sud de la France à Marseille où il est affecté au camp N° 1 et réside Impasse Malaval à Marseille.  Notre hypothèse est qu'il a été requis  pour travailler dans le cadre de l'Organisation Todt au Südwall ou Mur de la Méditerranée. Après le débarquement des Alliés en Afrique du Nord en novembre 1942, les Allemands envahissent la Zone Libre et décident de construire en Méditerranée l’équivalent du Mur de l’Atlantique.

Désespérée, son épouse Anna avec 3 enfants à charge dont un d'un an et demi ne peut aller travailler et va solliciter l'aide financière de l' U.G.I.F. (Union Générale des Israélites de France)  5,rue Curie à Vichy, aide qui sera accordée.

Quant à Jacob, il est de nouveau arrêté, mais cette fois  suite à la note de KNOCKEN, responsable de la Sipo-SD en France. Cette note prescrit les mesures à prendre pour augmenter les arrestations de Juifs, entre autres ceux qui ont été réquisitionnés par l'Organisation Todt.
 

Note de Knocken:

«IV B  4                                                                                                                             Paris le 14.4.1944

Notice

Au sujet de l'augmentation d'arrestations de Juifs dans la zone du commandement de la sûreté en France

1° (…….)

2° Des Juifs dans des camps de travail, prisons et pénitenciers français.

a) (…….)

b)Tous les Juifs doivent aussi être sortis des camps de travail de l'organisation Todt.»

Source: Le calendrier de la persécution des Juifs de France septembre 1942-août 1944

Serge Klarsfeld Fayard 2001


Il est arrêté à une date non connue -sans doute en mai 1944-  et est transféré 
dans un groupe d’au moins 319 personnes  le 19 mai 1944 de Marseille à Drancy  où il reçoit le matricule N° 22140.

Source du document ci-contre: Mémorial de la Shoah.

Il est déporté le 20 mai 1944 de Drancy à Auschwitz par le convoi N° 74.




Source du document ci-dessus: Mémorial de la Shoah C74_21.


A propos du convoi N° 74 dans Le Mémorial de la Déportation des Juifs de France , Serge Klarsfeld écrit:
  "565 hommes, 632 femmes et 3 indéterminés constituent ce convoi de 1200 personnes, dont 191 enfants de moins de 19 ans. De nombreuses familles avec enfants en bas-âge.
A l'arrivée à Auschwitz, 188 hommes furent sélectionnés et reçurent les matricules A 5529-A 5716. Le ""calendrier"" indique à tort qu'aucune femme n'a été sélectionnée, car nous avons compté 108 survivantes en 1945. Un nombre au moins égal de femmes a dû être sélectionné. Il y avait en 1945 en plus 49 survivants hommes".

Il décède le 25 mai 1944 à Auschwitz selon le JO N° 141 du 19 juin 1992.

Selon Ancestry.com et JewishGen.org , qui se basent sur les archives du camp de Flossenbürg, il est évacué d'Auschwitz vers le camp de concentration de Flossenbürg où il arrive le 6 février 1945. Il y est immatriculé sous le N° 46589 et y décède le 22 février 1945. 

La République Française témoignera sa reconnaissance à la famille ISAAC en faisant adopter par la Nation ses 3 enfants, Alexandre Behar, Zafira Marie et Raphaël Nisim,  suite au jugement rendu le 12 octobre 1951 par le Tribunal Civil de la Seine.

La carte de Déporté Politique N° 1.175.03025 lui est attribuée à titre posthume sur décision du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en date du 10 septembre 1954.

Source du document ci-dessus: Archives de Paris 3595 W 126.

Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1580 W 8, 996 W 194.01, 996 W 270.01, 996 W 778 W 112,

- Archives Départementales du Cher 5 W 324

- Archives de la famille

- Archives du camp de Flossenbürg sur Ancestry.com et JewishGen.org

-
Archives de Paris 3595 W 126

- Bureau des Anciens de la Légion Etrangère Cellule  Administration Générale

- Centre de Documentation Juive Contemporaine

- Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains

- Etat civil de Paris (12ème) et de Saint-Amand-Montrond (18)

- Klarsfeld Serge
Mémorial de la Déportation des Juifs de France FFDJF  1978

- Klarsfeld Serge Le calendrier de la persécution des Juifs de France septembre 1942-août 1944 Fayard 2001

- Mémorial de le Shoah/CDJC. Coll. Communauté Israélite de Vichy CMLV 16

- MemorialGenWeb  site Internet

- Union des Engagés Volontaires, Anciens Combattants Juifs 1939 -1945, Enfants et Amis.

- yadvashem.org



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