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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

VIRLOGEUX Jean

Archives de la famille

est né le 4 janvier 1927 au N° 45, quai Rouget de l'Isle à Montluçon (03). Son père Pierre est ingénieur céramiste et sa mère Claude née RODIER est sans profession. Ils sont domiciliés rue de Bouvines à Montluçon.

Il est scolarisé au Collège Michel de l'Hospital à Riom (63) où ses parents sont venus s'installer et pratique le scoutisme.

Source de la photo: Archives de la famille.


En juillet 1942 à la fin de l'année scolaire son père Pierre l'informe de ses activités dans la Résistance et le prend comme agent de liaison pour la région de Riom dont il connaît bien la géographie et la population.

A partir de juillet 1943 il participe à quelques opérations dirigées par son père dans l'Allier et le Puy-de-Dôme, en particuliers à des parachutages. Il participe également à l'aide apportée aux aviateurs alliés abattus en raison de sa connaissance de l'anglais.

Son père Pierre est né le 23 janvier 1903 à Cérilly (03). Après avoir suivi les cours de l'Ecole des Beaux-Arts de Bourges (18) dont il est diplômé en 1924, il devient ingénieur de l'Ecole Nationale Supérieure de Céramique de Sèvres.

En 1930 il crée à Riom (63) une entreprise de carreaux de grès émaillés.

Après avoir été démobilisé en 1940, il forme dès 1941 avec quelques amis riomois un petit groupe de résistants qui intègre le mouvement "Combat". Son sens de l'organisation lui vaut de prendre rapidement des responsabilités et devient en 1943 le Commandant "Vernière" des M.U.R. d'Auvergne (Mouvements Unis de Résistance).

Il diversifie ses activités de résistance: organisation d' une filière d'évasion pour les pilotes alliés abattus en France, cache des réfractaires au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) dans la propriété familiale de Cérilly, coups de main, sabotages, parachutages.

Source de la photo: Archives de la famille.

Archives de la famille
Archives de la famille

Sa mère Claude née RODIER est née le 21 juillet 1903 à Saint-Eloy-les-Mines (63). Son père Pierre est professeur et sa mère Marguerite est institutrice. Après avoir fait ses études secondaires au Lycée de Clermont-Ferrand (63), elle entre à l'Ecole Normale Supérieure de Filles de Sèvres où elle étudie auprès de Marie CURIE et Paul LANGEVIN. Elle est en 1924 agrégée en sciences physiques et chimie. Elle épouse Pierre VIRLOGEUX le 28 août 1926 à Clermont-Ferrand.

Après avoir enseigné à Pamiers (09) elle rejoint son mari pour l'assister dans le développement de l'entreprise qu'il vient de créer.

Elle reprend en raison de la guerre ses activités d'enseignante comme professeur de sciences au Collège de garçons de Riom, puis comme professeur de mathématiques et de sciences au Collège de Filles.

Dès l'entrée de son mari dans la Résistance, elle prend pleinement part à ses activités, se chargeant des problèmes administratifs et, douée en écriture et  en dessin, dans l'établissement de faux papiers.

Source de la photo : Archives de la famille.


Le 8 février 1944 toute la famille, les parents et leurs deux fils Jean et Marc, est arrêtée par la Gestapo de Clermont-Ferrand avec à sa tête le collaborateur Georges MATHIEU.

Ils sont transférés le 9 à la prison du 92ème Régiment d'Infanterie à Clermont-Ferrand.

Interrogé et torturé tout l'après-midi, Pierre VIRLOGEUX se donne la mort le soir même. Selon Gilles Lévy et Francis Cordet dans A nous, Auvergne , "Pierre VIRLOGEUX est rapidement trouvé pendu dans sa cellule, les veines ouvertes avec ses verres de lunettes". Son corps, enfoui dans un coin de la caserne, ne sera exhumé qu'en novembre 1944.

" Mort pour la France"

Claude VIRLOGEUX est transférée en avril 1944 au Fort de Romainville. Le 13 mai 1944 elle fait partie des 567 femmes déportées de Paris gare de l'Est à Ravensbrück où elle arrive le 18 mai. Elle reçoit le matricule N° 39027 et après la quarantaine elle reste au camp central.

Selon une source familiale, " A son arrivée au camp, les SS qui connaissent sa formation scientifique, lui proposent à plusieurs reprises de collaborer avec l'Allemagne contre un meilleur traitement. Après plusieurs refus, elle est condamnée au Bunker, le quartier disciplinaire du camp nazi. Malade à sa sortie du Bunker, épuisée, elle décède le 10 novembre 1944. Son corps est déposé au crématorium du camp le 11 novembre 1944".

Quant à Jean VIRLOGEUX, arrêté avec l'ensemble de sa famille le 8 février 1944, il peut le jour même s'entretenir quelques minutes avec son père qui lui indique comment se comporter. Il ne reverra plus son père.

Transféré le 9 février 1944 à la Prison Militaire du 92ème Régiment d'Infanterie de Clermont-Ferrand, il est régulièrement interrogé au siège de la Gestapo qui se trouve au N° 2, avenue de Royat à Chamalières (63).

Vers le 15 avril 1944, il est transféré au camp de Royallieu à Compiègne. Pendant son séjour il fait partie d'un kommando conduit à Paris pour déterrer les bombes non explosées à la suite des bombardements des gares de triage de l'est et du nord de Paris.

Le 21 mai 1944, il part de Compiègne dans un convoi de 2000 prisonniers qui arrive à Neuengamme le 24 mai 1944. Il reçoit le matricule N° 31392 et, après la quarantaine, il est envoyé au Kommando de Fallersleben avec 428 autres déportés de ce convoi.
 

Fallersleben-Laagberg: Kommando du KL Neuengamme. Située à 27 km au nord-est de Brunswick, la ville accueille le siège de Wolfsburg des usines Volkswagen. Les détenus (dont plus de 600 hommes) travaillent pour cette firme et sont également employés à des travaux de construction.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.


Les 7 et 8 avril, sous la pression des troupes américaines, les nazis évacuent le camp vers Ludwigslust et Wöbbelin. Le voyage dure 8 jours en wagons fermés sans eau ni nourriture et Jean VIRLOGEUX va arriver à Wöbbelin.

Wöbbelin: Kommando du KL Neuengamme. Situé à 9 km au nord de Ludwigslust et à 31 km au sud de Schwerin, dans le Mecklembourg, le site de Wöbbelin est choisi en février 1945 pour la construction d'un camp de prisonniers de guerre. Mais, dès avril 1945, lors des évacuations des différents lieux dépendant de KL, il devient le point de convergence de nombreux convois d'évacuation (entre 6000 et 10000 déportés). Il est libéré le 2 mai 1945.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Arrivés à Wobbelin, les hommes infectés par le typhus meurent très rapidement.

Le 2 mai 1945 à 14 h 15 une patrouille de parachutistes américains de la 82ème Airborne entre dans le camp. Jean VIRLOGEUX , malade du typhus, est extrait du Revier et est transporté dans un hôpital aménagé à la hâte par les troupes américaines à Ludwiglust où il est soigné pendant deux mois.

Le 26 juin 1945 il est rapatrié par avion à Paris où il apprend la disparition de ses parents.

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 597397), il est homologué en tant que Résistant au titre de la R.I.F. (Résistance Intérieure Française) et des D.I.R. (Déportés et Internés de la Résistance) pour son appartenance au M.L.N. (Mouvement de Libération Nationale) , Jean VIRLOGEUX reçoit 

- la Médaille Militaire

- la Croix de Guerre avec palmes

- la Croix du Combattant Volontaire de la Résistance

- la Médaille des Déportés de la Résistance

- la Légion d'Honneur (Chevalier) en 1987.

Source du document ci-contre : Archives de la famille.

Archives de la famille

Le 3 août 1949 il épouse Nicole JUNCKER à Riom (63).

Il décède le 3 octobre 2006 à Clermont-Ferrand (63).

Hommages posthumes

Pierre VIRLOGEUX a droit aux funérailles militaires, les honneurs lui sont rendus par un détachement du 27ème Régiment d'Infanterie.

Il est cité à l'ordre de l'Armée du 21 mars 1945.

Il est homologué au grade de Commandant avec date de prise de rang au 1er février 1944 le 2 mai 1946 par la Commission Nationale d'Homologation des grades F.F.I.

Claude VIRLOGEUX est homologuée au grade de Sergent avec date de prise de rang au 1er février 1944, le 24 janvier 1950 par la Commission Nationale d'Homologation des Grades.

Lui sont attribuées à titre posthume.
- la Médaille de la Résistance
- la carte de Déporté Résistant N° 2.019.36730  sur décision du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en date du 3 septembre 1970.

Source du document ci-dessus: ODACVG du Puy-de-Dôme.

Le Lycée de Riom porte le nom de Claude et Pierre  VIRLOGEUX. Trois plaques apposées dans le hall du lycée rappellent leur sacrifice.


Photos: Franck Boussahba.



Sources:

- Archives de la famille

- Etat civil de Montluçon (03), de Cérilly (03) et de Saint-Eloy-les-Mines (63)

- Lévy Gilles et Cordet Francis A nous, Auvergne Presses de la Cité 1981

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mémorial des Français déportés à Neuengamme Amicale de Neuengamme

- Office Départemental des Anciens Combattants et Victimes de Guerre du Puy-de-Dôme

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 597397)

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