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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

ROUMEAU Antoine Georges

Cette biographie a été réalisée en commun par l'Association AZI-la-Garance de Broût-Vernet  et l'Association des Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier.


est né le 8 décembre 1914 au domicile de ses parents à La Cure commune de Barberier (03). Son père Thomas, grand invalide de la Guerre de 14-18, est cultivateur et sa mère Françoise née GOUGAT est femme au foyer.

Fils unique, célibataire, il travaille à la ferme de ses parents dans un domaine agricole au lieudit « l’Anglard » à Broût-Vernet (Allier). La famille ROUMEAU y est arrivée vers 1930.

Source de la photo: AZI-la-Garance.




A 20 ans, il fête les conscrits avec ses camarades de Broût-Vernet, garçons et filles de la Classe 34. Sur la photo, il a l’honneur de porter le drapeau tricolore aux côtés de son copain Jean RATINIER.

Les conscrits de la classe 1934
Debout  : Marius Ferrier, Jean Ratinier, Georges Roumeau, Jean Gilbert, Landouzy, Roger James
Assis : Colette Dubreuil, Gladys Berger, Jean Bideau, Marguerite Pouzon
Source du document ci-contre: Photo transmise par l'association AZI-La-Garance de Broût-Vernet.






A 21 ans, Georges ROUMEAU part au  service militaire : il est incorporé le 22 octobre 1935 au 152ème Régiment d’Infanterie, puis il passe au 4ème Régiment d’Artillerie, le 1er décembre 1935. Il est « envoyé en congé » le 1er octobre 1937, rayé des contrôles et passé dans la disponibilité le 15 octobre 1937. Le Certificat de Bonne Conduite lui est accordé.


Mobilisé le 2 septembre 1939 il est affecté comme soldat au 36ème Régiment d’Artillerie Divisionnaire.  Il est fait prisonnier le 20 juin 1940 à Charmes (88) et est interné au stalag IX B à Weigscheide/Bad Orb matricule N° 25976.

Puis il est transféré le 1er février 1942   au Stalag IX A à Ziegenhain.

Source du document ci-contre: Carte de Prisonnier transmise par l'association AZI-la-Garance de Broût-Vernet.


Son nom figure sur la Liste Officielle des Prisonniers de Guerre transmise par les Allemands.

Source : Bibliothèque Nationale de France Site Internet Gallica.



Le 27 juin 1943, il adresse depuis le Stalag IX A,  une lettre à son copain de la classe 34, Jean RATINIER à Broût-Vernet.

 

Source du document ci-dessus: Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains.


 Le 27 juin 1943 : Cher copain : Après quatre ans d’absence au pays je viens te donner de mes nouvelles qui pour le moment sont assez bonnes. J’espère que vers toi il en est bien de même, mais enfin les temps ont changé beaucoup de choses se sont passées et à l’heure actuelle il s’en  passe également, mais enfin l’espoir est bon, cet été je crois  et il faut le souhaiter que ce soit le coup décisif car il y en a marre de cette vie il y avait exactement trois ans le 20 juin que nous avons été capturés, malgré que nous ne soyons pas mal il y a quelques petits moments  de cafard en pensant à quelques années en arrière tu peux croire comme moi qui étais habitué à courir d’un côté ou de l’autre  que je l’ai trouvé un peu amer. Enfin à part cela mon vieux Jean que se passe-t-il à Broût-Vernet. C’est souvent que j’y pense  aux heures qui ne reviendront plus jamais, car avec ce bouleversement la vie ne sera certainement plus la même et encore bien souvent on se plaignait si on avait vu ce qui se passe à côté. Allons, je vais te quitter pour aujourd’hui. Il y aurait tant de choses à  dire que je te ferai un journal. Espérons que d’ici peu on causera mieux  à l’aise en attendant le plaisir de te lire je te serre une cordiale poignée de main.  Bien le bonjour  à toute la famille et à bientôt !  Nous tenons bon la rampe.

Vive la classe.

Georges

Georges ROUMEAU s’évade le 30 mai 1944 et séjourne deux mois en Haute-Saône chez son oncle Joseph PÉRONNET, cheminot (marié à la sœur de Mme Françoise ROUMEAU née GOUGAT).

Le récit de son évasion n’a pas été élucidé de manière claire.  Voici le témoignage écrit de Thomas ROUMEAU, son père :  «Mon fils s’est évadé en mai 1944. Il est passé par la Haute-Saône. Arrivé à la gare de Monteignet-Escurolles (Allier) le 31/7/44. Venait à Broût-Vernet par la route. A été arrêté par une patrouille allemande vers 10h. Conduit à Gannat, puis à Vichy où je l’ai vu le 3 août 1944. Dirigé sur Clermont-Ferrand.  Parti le 20/8/44 de Clermont-Ferrand pour l’Allemagne, où il passa à Dachau (renseignement fourni par un camarade, M.Kocher, à Montferrand (qui est revenu). Parti de Dachau fin décembre ou commencement de janvier pour Allach d’où il a été séparé de son camarade. Depuis, aucune nouvelle n’est parvenue. Il y aurait eu un convoi parti en avril 1945  d’Allach pour une destination inconnue. ».


En fait, le récit de son arrivée à Monteignet et de son départ pour Broût-Vernet diverge un peu selon les témoignages d’anciens de Broût-Vernet, recueillis il y a quelques années. Heureux de revenir au pays, Georges ROUMEAU avait fait savoir aux uns et aux autres, qu’il arrivait et sans doute une personne bien connue, mais mal intentionnée « qui lui en voulait » (en fait pour des raisons mesquines, toujours selon les témoins), il fut « cueilli » après dénonciation, sur la route à la sortie de la gare, probablement par la Milice. Il fut livré à la Gestapo et enfermé à l’Hôtel du Portugal, siège de la Gestapo à Vichy. Sa mère aurait pu le voir ; son cousin Claude AMET, postier à Vichy est le dernier à l’avoir rencontré ; selon le témoignage de son fils Aimé, il aurait été un peu bousculé mais pas trop maltraité…

Il est ensuite transféré à la prison du Régiment d’Infanterie de Clermont-Ferrand (63). Le 20 août 1944 il est déporté de Clermont-Ferrand à Natzweiler dans le convoi référencé N° I.275.  Il  y reçoit le matricule N° 26727.

KL Natzweiler-Struthof : ce KL  est installé en Alsace sur la commune de Natzwiller à 60 kilomètres au nord-est de Strasbourg sur un contrefort des Vosges à 800 mètres d’altitude. Il s’agit de l’unique camp de concentration situé en territoire français, mais annexé au IIIème Reich à cette époque.
Source : Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.


Il  y reçoit le matricule N° 26727. Il ne reste que peu de temps au Struthof, car, arrivé le 30 août, il en repart  pour le camp de concentration de Dachau où il arrive le 4 septembre. Les nazis évacuent le camp du Struthof face à l'avance des troupes alliées.

Source : Mémorial annuaire des Français de Dachau  Amicale des Anciens de Dachau 1987.

A Dachau un nouveau matricule lui est attribué, le N° 99787.

Le 1er décembre 1945, « La Maison du Prisonnier et du Déporté », dans une note de son service information, demande au Maire de Broût-Vernet de lui donner les noms et prénoms des personnes « non rentrées » de sa commune, Prisonniers de Guerre (PG), Service Travail Obligatoire (STO) et Déportés politiques. 
La mairie répond :
- P.G. : ROUMEAU Georges ; BRUNET Bernard
- S.T.O. : néant
- Déportés politiques : COGAN Joseph (économe de l’O.S.E., au Château des Morelles, où est installée la Colonie d’Enfants Juifs).

Quelques mois auparavant, le 14 juillet 1945, le maire Georges FONDRAT, s’adressant à la population, déplorait l’absence des prisonniers non rentrés : Bernard BRUNET, Etienne SAINT-PAUL, Georges ROUMEAU et Joseph COGAN. Plus tard, Broût-Vernet connaîtra le destin de ses derniers prisonniers : Bernard BRUNET, déclaré disparu en 1944, Georges ROUMEAU, déclaré mort à Dachau le 4 novembre 1944, et Joseph COGAN  mort en déportation à Auschwitz avec ses deux enfants Albert et Fanny ; seul Etienne SAINT-PAUL rentre et retrouve  sa famille.

En fait, Georges Roumeau serait mort de tuberculose pulmonaire, mais les causes de décès mentionnées sur les registres nazis sont souvent fantaisistes.

Selon le registre matricule conservé aux Archives départementales de l’Allier (1R 1034-1663), Georges Roumeau est décédé le 4 novembre 1944 au camp de concentration de Dachau. 

Il est déclaré « Mort Pour la France ».


Le 18 juin 1946 le maire de Broût-Vernet, Georges FONDRAT, répond au Ministre des Anciens Combattants. 

Source du document ci-dessus: Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains.

Voici la transcription de la lettre :
Broût-Vernet, le 18 juin 1946
Le Maire de Broût-Vernet
à Monsieur le Ministre des Anciens Combattants et victimes de Guerre

Monsieur le Ministre,

J’ai l’honneur de vous accuser réception de votre lettre du 4 juin 1946, 1er Bureau, ABF n° 313780, par laquelle vous me notifier le décès de Monsieur Georges Roumeau à Natzwiller ; j’ai prévenu la famille. Inutile, Monsieur le Ministre de vous décrire la douleur de cette brave famille en apprenant la mort de leur fils unique ; ses parents avaient toujours l’espoir du retour, car un camarade du camp de Natzwiller du nom de Rocher Jean, habitant route d’Aulnat à Montferrand (Puy-de-Dôme) et de retour de captivité l’aurait laissé en bonne santé à partir de novembre 1944 au camp d’Allack et non de Natzwiller ; il aurait été évacué de ce camp par chemin de fer sur Dachau, puis après quelques jours sur Allack, et de ce camp, le convoi aurait été dispersé en kommando et depuis cette date, plus de nouvelles.

J’ose espérer, Monsieur le Ministre, pouvoir avoir des renseignements sur ce camp d’Allack qui serait le dernier séjour connu.

A l’interrogatoire à Allack, Roumeau et ses camarades auraient déclaré avoir été Déporté du Travail et non prisonnier ; il serait donc partis en kommando de ce moment, c'est-à-dire en novembre 1944.

Espérant, Monsieur le Ministre, avoir réponse à ma lettre, veuillez agréer l’expression de mes sentiments respectueux.

Le Maire,
Georges Fondrat.

Monsieur FONDRAT a sans doute été induit en erreur par Monsieur Jean KOCHER (ROCHER) qui ne figure pas sur la liste des déportés de France dans le livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. 


Selon le Service International de Recherche d'Arolsen, Georges ROUMEAU est bien transféré le 4 septembre 1944 du camp de Natzweiler  au camp de concentration de  Dachau où il reçoit le Matricule N° 99787.

Le 8 septembre  il est affecté au Kommando d’Ottobrunn.


Source du document ci-dessus: Service International de Recherche d'Arolsen1.1.6.7 / 10739728.

Ottobrunn: Kommando du KL Dachau, situé près d'Hohenbrunn et de Munich, il était rattaché à un institut de recherches aéronautiques de l'armée.
Source: Livre mémorial de la Dondation pour la Mémoire de la Déportation.

Le 19 septembre il est interné au Kommando de Schörzingen.

Schörzingen: Kommando du KL Natzweiler situé près de Rottwell dans le sud-ouest de l'Allemagne. Inauguré par l'arrivée le 20 février 1944 de 70 détenus provenant en partie de Schömberg et en partie du camp prinicpal. L'effectif monte peu à peu pour atteindre 850 personnes en octobre 1944. A Schörzingen on construit , tout comme à Schömberg, une installation d'essai. Ici la combustion lente devait avoir lieu sous terre.L'évacuation du camp commence le 18 avril 1945. Les détenus sont libérés par les troupes alliées vers le 22 avril 1945 près d'Ostrach.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Le 2 novembre 1944 il est transféré dans un convoi de 400 détenus au Kommando de Dautmergen où il reçoit le matricule N° 36115 selon les archives du Service International de Recherche d'Arolsen.


Source des 2 documents ci-dessus: Service International de Recherche d'Arolsen 1.1.29.1 / 3131020 et 1.1.29.1 / 3131030.



Dans le document ci-dessus sa profession est indiquée, "bauer" = agriculteur et est portée la mention manuscrite "gest.4.11" "gest" pour "gestorben" = décédé.

Dautmergen: Kommando du KL Natzweiler situé près de Balingen dans le sud du Wurtemberg. Le 23 août 1944, 2000 détenus sont arrivés du KL Auschwitz, en septembre 400 du KL Dachau et en octobre 1000 du KL Stutthof(...) Tous devaient être affectés à la construction des usines "Wuste"projetée dans les environs.  Ils sont installés dans des baraques en bois  dans un pré entre Schömberg et Dautmergen. Les survivants du camp où la mortalité est très forte, sont évacués vers Dachau, les plus faibles en train. Une colonne de marche quitte Dautmergen le 18 avril 1945 et ils sont un peu plus de 650 à arriver à Dachau.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Il décède à Schömberg le 4 novembre 1944 de tuberculose pulmonaire. Mais les causes de décès mentionnées sur les registres nazis sont souvent fantaisistes.
Schömberg: Kommando du KL Natzweiler situé près de Balingen dans le Wurtemberg. (...) En juin 1944 l'effectif est de 400 et, en septembre , il atteint le maximum de 800 qu'il garde plus ou moins jusqu'à l'évacuation du camp. Les conditions de travail sur le chantier sont très difficiles et expliquent le nombre important de décès
L'installation de production de Schömberg est un système d'essai basé sur une combustion lente et incomplète dans les meules. L'évacuation des détenus de Schömberg commence le 17 avril 1945. Il y a quelques morts et de nombreuse évasions; elle se termine près de la frontière autrichienne.
Source: Livre mémorial de la Fondation our la Mémoire de la Déportation.

Le nom de Georges ROUMEAU figure sur le Monument aux Morts de Broût-Vernet, sur la face droite, aux côtés de ses camarades Prisonniers de Guerre, comme lui, « Morts pour la France ».


Document ci-dessus: Monument aux Morts de Broût-Vernet. Photo transmise par AZI-la-Garance.

Sources :

- Archives Départementales de l’Allier 1 R 1034.1049.1663,

- Archives du camp de Dachau et de Dautmergen sur Ancestry.com et JewishGen.org

- Bibliothèque Nationale de France  Liste des Prisonniers de Guerre  site Internet Gallica

- Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains

- Etat civil de Barberier (03)                     

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mémorial annuaire des Français de Dachau Amicale des Anciens de Dachau 1987

- Service International de Recherches d’Arolsen 1.1.6.1 /  9949413, 1.1.6.1 /  9895456, 1.1.6.1 /  9917200, 1.1.6.7 / 10739728, 1.1.6.1 /  9914279, 1.1.29.1 / 3140839, 1.1.29.1 / 3131020, 1.1.29.1 / 3131030, 1.1.29.2 / 3224058,

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