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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

MASCONI Jean François Charles

                                           Source des photos ci-dessus: Archives de la famille.

 

est né 31 décembre 1914  rue Henri Bessemer à Longwy (54). Son  père François  est boucher et  sa mère Marie  née JACQUES  est femme au foyer.

Il  est  employé de  commerce  domicilié à  Valleroy (54) quand il  s’engage par  devancement  d’appel pour deux ans le 18 avril 1935. Il  est affecté au 50ème Régiment de Chars de Combat et se rengage régulièrement.

Adjudant-chef depuis le 1er janvier 1941, il est affecté à la Compagnie du 152ème Régiment d'Infanterie à Lapalisse (03) jusqu'à l'Armistice. Sa compagnie ayant été dissoute, il reste à Lapalisse après avoir été démobilisé de l'Armée d'Armistice pour procéder à la liquidation de sa compagnie. 

Selon le témoignage de Marcel VIVARD, un ancien du Groupement "Roussel", il camoufle des armes, des véhicules et du matériel pour éviter qu'ils ne tombent aux mains des Allemands. Selon l'attestation du Général ZELLER en date du 4 janvier 1956, Jean MASCONI a "aidé son chef, le Commandant COLLIOU, dans les besognes clandestines dont il s'occupait (passages clandestins de la Ligne de Démarcation pour des évadés ou des jeunes gens désirant s'engager en Afrique du Nord, constitution d stocks non déclarés aux Allemands,etc,...)"

Il est  domicilié rue Nationale à Lapalisse (03) quand il fait partie des 26 hommes arrêtés le 10 mars 1943 dans la rafle organisée par le chef de la Gestapo de Vichy Hugo GEISSLER à Lapalisse en représailles après le refus de ces hommes d'aller travailler sur le terrain d'aviation de Périgny (03). Ils étaient requis pour aller creuser des tranchées destinées à empêcher les avions alliés de se poser sur le dit terrain. Parmi les requis, se trouve le milicien Jean MENTEUR qui refuse de participer aux travaux. Les requis vont alors manifester devant  le domicile de MENTEUR et refuser à leur tour de travailler pour les Allemands.

Interné à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (03), il est transféré le 27 mai à Compiègne.

Il est déporté le 25 juin 1943 de Compiègne à Buchenwald où il arrive le 27 juin dans le convoi N° I.110. Il reçoit le matricule N° 14539. Après la quarantaine il est envoyé au kommando de Karlshagen/Peenemünde sur l'île de Usedom sur la Baltique. 

Karlshagen / Peenemünde: Kommando du KL Ravensbrück. En 1935, l'Allemagne décide d'installer une base spéciale pour son programme sur les fusées. Un site approprié est acheté en 1936 dans la partie nord de l'île d'Usedom, sur la Baltique. Dès septembre 1939, 3000 personnes travaillent à Peenemünde alors que la guerre impose très vite un développement important du montage des fusées A4. Avec celui de Peenemünde, les sites de Friedrichshafen depuis fin 1941, et Wiener Neustadt, en mars 1943, sont utilisés dans ce but. Tous ont recours à la main-d'oeuvre concentrationnaire. La base de Peenemünde, à compter du 1er juin 1943 et pour préserver le secret de la production, prend le nom ""d'Heimat-Artillerie Park 11"" (HAP), que l'on situe à Karlshagen, un village au sud de l'île. C'est le nom du Kommando de détenus, officiellement rattaché au KL Ravensbrück. Mais ce secret n'empêche pas l'attaque aérienne britannique dans la nuit du 17 au 18 août 1943, qui fait de nombreuses victimes. Les dirigeants allemands décident alors de déplacer l'usine de production des A4 de Peenemünde à un nouveau site souterrain, dont la construction commence alors, Dora.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

 

Il s'agit d'un tournant important dans la guerre, car les nazis décident alors d'enterrer leurs usines. Jean MASCONI et ses camarades  vont être renvoyés à Buchenwald d'où ils sont transférés le 30 octobre 1943 au Tunnel de Dora où les nazis font creuser aux déportés des tunnels pour enterrer leurs usines.

Dora: Ce camp dépend à l'origine du KL Buchenwald qui n'est situé qu'à environ 80 km. Il a été créé en septembre 1943 pour accueillir dans ses tunnels l'usine de Peenemünde bombardée par la RAF le 17 août 1943. Les déportés travaillent en deux équipes de douze heures. Ils creusent des galeries dans des conditions inhumaines. Ils restent six mois sans voir le jour et couchent à même le sol. La mortalité est très élevée. Dora devient autonome en octobre 1944.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

 

Il reçoit un nouveau matricule à Dora: le N° 22951. Il est affecté au Kommando du montage des parties arrière des fusées V2. 

Selon son témoignage, " Vers la fin de 1944, parlant un peu l'allemand, mais sachant bien compter dans cette langue et en polonais, je fus désigné comme secrétaire du Kommando.

Personnellement je n'étais nullement d'accord pour cet emploi, mais un camarade français de Rouen (hélas mort à Dora) me conseilla d'obéir et de tenir cette place pour faciliter, dans la mesure de mes possibilités, la vie des quelques Français du Kommando.
Courant février 1945 je tombais malade (...) et fus évacué sur le Revier de Dora. Quelque temps après, je fis partie d'un transport de malades dirigé sur Nordhausen".


Nordhausen: Kommando des KL Buchenwald-Dora. Ce Kommando est situé à quelques kilomètres du camp de Dora et fonctionne au service d'entreprises de la ville. Les détenus sont logés à la Boelcke Kaserne où on regroupe de plus en plus, en 1945, des détenus inaptes au travail, extraits d'autres Kommandos comme celui d'Ellrich. Un transport est ainsi formé vers Bergen Belsen le 6 mars 1945 et aucun de ceux qui le forment de revient de déportation.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Suite du témoignage de Jean MASCONI,  "Là nous étions tous parqués dans des boxes grillagés dans l'ancienne caserne des S.S. Nous sommes restés sans soin jusqu'au bombardement du 2 au 3 avril 1945. Blessé aux pieds lors du bombardement, je me cachais avec d'autres camarades pour éviter d'être repris par les S.S. et je fus libéré par l'avance américaine le 11 avril 1945."
 

Il est rapatrié en France  le 26 avril 1945.

Le 15 juillet 1946 à Valleroy (54) il épouse Lucie née PRIMOT, résistante déportée "Nuit et Brouillard" à Cologne, Flussbach, Essen, Breslau, Jauer et Aichach. Ils ont trois enfants.

Il adhère à la F.N.D.I.P. (Fédération Nationale des Déportés et Internés Politiques).

Source du document ci-dessus: Archives de la famille.

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 400987), il est homologué en tant que Résistant au titre de la R.I.F. (Résistance Intérieure Française) et des D.I.R. (Déportés et Internés de la Résistance).   

Lui sont attribués
- la Médaille de la Résistance par décret du 31 mars 1948 paru au Journal Officiel du 23 décembre 1948
- le Certificat d'Appartenance à la Résistance Intérieure Française le 5 avril 1949 avec le grade fictif de sous-lieutenant
- la carte de Combattant Volontaire de la Résistance N° 145194 délivrée le 22 juin 1959.

Il fait une demande de carte de Déporté Résistant  qui sera rejetée sur décision du 25 octobre 1955 du Ministère des Anciens Combattants qui considère qu'il n'y a pas de lien de cause à effet direct entre ses activités dans la Résistance et sa déportation puisqu'il a été arrêté dans une rafle. Le Ministère lui attribue la carte de Déporté Politique N° 1 119 17721.

Source du document ci-dessus: Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains.

Il est promu sous-lieutenant en 1948, lieutenant en 1952, capitaine en avril 1958, commandant le 1er juillet 1968.

Il prend sa retraite  avec le grade de lieutenant-colonel le 31 décembre 1972  et se retire à Bitche (57). Il est président de l'U.N.A.D.I.F. (Union Nationale des Associations de Déportés Internés et Familles de disparus) du pays de Bitche.

Il dépose un recours gracieux et la carte de Déporté Résistant N° 1.019.37006 lui est enfin attribuée sur décision du Ministère des Anciens Combattants en date du 16 mai 1972.

Il décède de maladie le 6 janvier 1981 à Férolles-Attilly (77).

Hommage d’Eugène LAURENT  N° 22950  à son ami Jean MASCONI  N° 22951

"Jean MASCONI qui vient de disparaître fut l’ami fidèle et le compagnon des mauvais jours qui débutèrent en mars 1943 dans la petite ville de Lapalisse (Allier) et nous conduisirent vers un destin commun de souffrances et de misères au travers de la prison de Moulins et du camp de Compiègne pour être déportés dans les camps de concentration allemands de sinistre mémoire et portant les noms Buchenwald, Peenemünde et Dora.

Source de la photo ci-contre: Les Dernières Nouvelles d'Alsace du 11 janvier 1981 BITCHE.

Suite de l'Hommage d’Eugène LAURENT  N° 22950  à Jean MASCONI  N° 22951

     Replié à Lapalisse après juin 1940 avec le 152ème RI (les Diables Rouges de Colmar), Jean Masconi était à l’époque  Adjudant-Chef. Son unité était sous les ordres du Commandant Colliou qui devait, plus tard, être le libérateur de Colmar.

     En novembre 1942, après l’invasion de la zone dite libre, l’Armée d’Armistice fut dissoute. La tâche principale des Chefs du 152ème RI fut de soustraire le maximum de matériels aux Allemands. Jean Masconi, en bon Lorrain qui n’acceptait pas la défaite, se dévoua entièrement à cette nouvelle tâche. Armes, munitions, engins de guerre, véhicules automobiles furent dissimulés dans des caches secrètes. Ces matériels devaient à la Libération être utilisés contre les Allemands par le maquis de la région sous le commandement du Cdt Colliou.

      Début mars 1943, un ordre de réquisition allemand arrivait à Lapalisse, mobilisant des dizaines d’hommes pour aller creuser des tranchées sur le terrain d’aviation aux fins d’empêcher les atterrissages clandestins  d’avions anglais. Les requis , dont nous étions Jean et moi, répondirent par un refus collectif. Une manifestation d’hostilité se déclenchait le 9 mars 1943 devant le domicile du Sieur Menteur, connu pour être un collaborateur pronazi notoire. Ce dernier se rendait rapidement à Vichy pour y rencontrer le Capitaine Geissler, Responsable régional de la Gestapo.

      Le lendemain, 10 mars, dès 4 heures du matin, Lapalisse était encerclée par les troupes SS de Geissler. Visites domiciliaires, arrestations commençaient aussitôt et une centaine d’hommes étaient dirigés sur la Mairie. C’est là que nous nous retrouvâmes avec Jean, où les opérations de tri se déroulaient. Les dénommés Menteur et Stéfanini y officiaient entièrement dévoués aux ordres de Geissler.

      Le même jour, 25 d’entre nous furent embarqués à destination de la « Mal-Coiffée », la prison de Moulins où nous fûmes incarcérés jusqu’au 27 mai.

      Le 28 mai 1943 sonnait l’heure du transfert sur Compiègne. Ancienne caserne, le camp de Royallieu rassemblait les milliers d’hommes venus de la France entière avant leur départ définitif vers les camps de la mort. Mais qui, parmi nous, pouvait le savoir et prévoir le sort qui l’attendait ?  250.000 Français devaient être envoyés dans les camps de concentration. 32.000 devaient en revenir en 1945. 8.000 seulement survivent aujourd’hui.

         Le 24 juin 1943, une longue colonne de 1.000hommes abandonnait le camp et se dirigeait vers la gare de Compiègne où nous étions embarqués à 80 par wagon. Jean et moi devions confronter là notre première condition d’esclaves.

        Le lendemain 25, Weimar, la ville de Goethe, nous accueillait par des jets de pierre lancés par de jeunes hitlériens haineux et vociférants. Des camions nous emportèrent vers le camp dont nous devions découvrir le nom : Buchenwald et en même temps découvrir l’ironie cruelle de son enseigne « Recht oder nicht recht, es ist für tein land ».

       Dépouillés de tout, n’ayant plus rien d’humain, revêtus de la tenue rayée des forçats, harcelés et matraqués par la chiourme du bagne, un monde nouveau s’ouvrait à nous, univers glacé sans autre identité que celle de nos numéros de matricule. Jean portait le numéro 22951, moi-même le numéro 22950.

      L’enfer commençait dès 4 heures du matin avec ses appels interminables sur l’Appelplatz, ses hurlements, ses vociférations, ses coups de matraque et ses innombrables corvées de pierre à la carrière d’où plusieurs d’entre nous ne revenaient pas vivants. Le soir nous ramenait au Block pour toucher une maigre nourriture et nous réunir quelques instants avec nos amis Lapalissois : Louis Poirier, Pierre Bertuet, Marcel Bathier. Courts moments de réconfort de cette ambiance sinistre dominée par les fumées ininterrompues des crématoires.

     Dès les premiers jours de juillet, des volontaires furent demandés et une sélection opérée parmi les hommes de notre convoi. Nous fûmes choisis, Jean et moi. Le 9 juillet un « transport », pour employer le jargon du camp, emportait sa cargaison de 400 hommes environ vers une destination inconnue.

     Le 10, nous débarquions sur le sol de Peenemünde. Peenemünde était alors un centre de constructions militaires de V1 et V2 et centre d’essai secret de ces engins et dont l’emploi devait bouleverser le sort de la guerre déjà hostile à l’Allemagne. C’est là, pour la première fois, que nous devions entendre parler de Von Braun, l’un des principaux protagonistes des fusées supersoniques.

      Grâce à ses connaissances d’allemand, Jean réussissait à nous faire embaucher dans un petit Kommando en formation dont la tâche était de poser des tuyaux de chauffage et ventilation dans les usines en voie d’achèvement. Notre travail consistait à en faire le moins possible et, dès le départ, il fut orienté vers le sabotage des usines et des engins.

      Puis, dans la nuit du 17 au 18 août, sans défense antiaérienne active, les Allemands ne désirant pas attirer l’attention des Alliés sur Peenemünde, commençait le bombardement de la base. Vague après vague, 600 bombardiers anglais (nous le sûmes après la guerre) déversèrent leurs tonnes d’explosifs. Le petit jour blafard de ce 18 août nous donnait la vision d’un paysage lunaire en activité : trous de bombes, incendies, fumées, éclatements de bombes à retardement… Par chance, la majorité d’entre nous échappait à la mort. Vingt de nos camarades y laissèrent la vie, mais deux cents allemands parmi les personnels techniques disparurent dans ce raid.

      Du 18 au 14 octobre 1943, Jean et moi fûmes affectés à des travaux de récupération de machines-outils que nous sabotâmes, bien tendu, très consciencieusement.

      Le 15 octobre, nous étions transférés à Buchenwald où nous restâmes deux jours sans nourriture. Le 17 nous débarquions à Dora.

     Dora, succursale de Buchenwald située dans le Massif du Harz, n’était qu’un camp souterrain où des milliers de détenus travaillaient douze heures par jour au creusement de galeries dans le bruit infernal des marteaux-piqueurs et les aboiements féroces des SS.

     Peu de nourriture, pas de soins médicaux, sans eau, sans aucune hygiène et dans une atmosphère saturée de poussières, nous vécûmes, Jean et moi, durant plusieurs mois sans même percevoir la lumière du jour. Des morts innombrables jalonnèrent les nuits perpétuelles de ce camp. 18.000, peut-être 20.000, déportés, (le chiffre précis n’est pas connu) disparurent dans cet enfer dantesque.

       Dans la lutte que nous menions pour notre survie, Jean avait réussi à nous  faire affecter à un Kommando chargé de l’appareillage des V2. Il fut, par la suite, nommé secrétaire de ce même Kommando.

       Toujours grâce à ses connaissances d’allemand, Jean devait intervenir fréquemment dans la défense de l’un ou de l’autre d’entre nous. Je fus défendu par lui en une occasion lors d’une accusation de sabotage.

       Grand esprit altruiste, Jean avait un sens humain très profond. A plusieurs reprises, il m’a fait don d’un morceau de pain de sa propre ration.

       Fin mars 1945, Jean, malade, était évacué de Dora sur Nordhausen. Blessé dans le bombardement allié de cette ville le 3 avril, il fut libéré par les troupes américaines et rapatrié en France vers le 15 avril 1945.

       Puissent les générations à venir ne pas connaître les horreurs que nous avons vécues."

                                                    Saint-Pourçain, le 31 janvier 1981

                                                             Eugène Laurent

                                                                   Dora 22950

  

 

 Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1864 W 1, 1289 W 91, 1580 W 9, 996 W 15.1.2, 1756 W 2  N° 6476,

- Archives Départementales de la Moselle 2 R 784. 2039,

- Archives de la famille

- Archives Municipales de Lapalisse

- Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains à Caen

- Dernières Nouvelles d'Alsace Page 9 Dimanche 11 janvier 1981

- Etat civil de Longwy (54)

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mémorial Buchenwald Dora Kommandos  Association Française Buchenwald ora et Kommandos

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 400987)

- Témoignage écrit  et archives d'Eugène Laurent déporté N° 14537 à Buchenwald

 

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