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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
  Ilse et Salomon SCHOTTEN          
                        
Ilse est née le 5 décembre 1932 à Vienne (Autriche), Salomon est né le 2 mars 1934 également à Vienne.
Voici le témoignage de Salomon :

« Je suis né à Vienne en Autriche en mars 1934. Nous vivions à Mattersburg, au sud-est de la capitale, où ma famille avait vécu pendant plusieurs générations. Vers la fin de l’année 1938 nous ainsi que toute la population juive avons été expulsés de Mattersburg. C’est alors que les nazis ont déclaré que la ville était Judenrein . Sans emploi et sans logis mes parents ne sachant que faire avec cinq enfants nous ont envoyé  temporairement chez les parents de ma mère qui vivaient à Gutta en Tchécoslovaquie, espérant bien que nous les rejoindrions au plus tôt en France où ils sont arrivés en janvier 1939. N’ayant pas le droit de vivre à Paris, mes parents se sont installés à Chelles. (……)
Peu de temps après avoir été réunis avec mes parents à Chelles nous avons dû nous séparer à nouveau. Ilse et moi sommes arrivés à Broût-Vernet vers la fin de l’hiver 1939.

J’ai été placé dans le groupe des petits et Ilse, née le 5 décembre 1932, a rejoint le groupe des grands. Mes souvenirs d’enfant du Château que je n’ai pas revu depuis sont les suivants : l’accès était par une grille dans un mur. Tournant vers la gauche le long d’une pelouse le perron menait à l’entrée du bâtiment. Un verger sur la gauche dont l’accès nous était strictement interdit. La petite salle à manger sur la droite de l’escalier circulaire, la grande salle à manger sur la gauche. Mon dortoir au premier étage surplombait l’entrée.

Source : Recensement des Juifs étrangers en 1941 à Broût-Vernet. AD03 756 W 1

          Nous allions à l’école du village. Je me souviens des flaques d’eau sur le sentier que nous devions éviter. Mon institutrice qui était la femme du directeur de l’école m’a envoyé un jour pour lui montrer un dessin que j’avais fait en classe. J’ai dû passer d’élève en élève avec mon cahier.
     Mon père qui entretemps avait été mobilisé et servait comme prestataire à Chamberan a dû fuir après la déroute de l’armée française. Indépendamment de lui ma mère, qui ignorait ce qui se passait avec lui fuyait elle aussi vers le sud. La chance a voulu qu’ils se soient retrouvés dans un centre de réfugiés à Lyon. Ils ont trouvé une petite chambre au N°1de la rue d’Essling face au mur de la caserne de Magaron. Vers la fin août 1941 Mademoiselle Paulette Cohn, qui s’occupait de nous, nous a annoncé que nous avions un nouveau petit frère qui s’appelait François. Il nous était permis d’aller le visiter.
         Cette visite si longtemps convoitée était mêlée d’appréhension, car j’avais entretemps oublié ma langue natale. Chétifs et mal nourris mes parents ont décidé de nous garder à Lyon. Par la suite  nous avons réussi à passer la frontière suisse où nous sommes restés jusqu’à la fin de la guerre. »



Ilse et Salomon (au premier rang à droite de la photo) à Lyon rue Duguesclin (adresse de la Soupe populaire) où ils vont prendre des cours et manger en 1941-42.



Sources :
- Archives Départementales de l’Allier 756 W 1
- Archives de la famille
- Témoignage de Salomon Schotten


                                                    
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