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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 
NAVROT  Henri  Jean
 
 
Collection privée

est né le 30 septembre 1925 aux Babuts à Saligny-sur-Roudon (03). Son père est mécanicien et sa mère modiste.

Domicilié 14, Boulevard Jean Jaurès à Yzeure (03) Henri est apprenti mécanicien. Il est licencié à l'A.S. Yzeure. Il a renouvelé sa licence en juniors pour l'année 1943-1944.

Source de la photo: Archives de la famille.

Collection privéeCollection privée
 
Il semblerait qu'il ait eu des contacts avec la Résistance dès mai 1943. Il envoie une lettre non datée à ses parents pour leur dire qu'il a pris la décision de partir, mais il ne leur indique pas la destination. Selon la teneur de la lettre il semblerait que ce sujet ait déjà été évoqué au cours de discussions à la maison et que les parents n'aient pas approuvé le désir de leur fils de s'engager dans la Résistance. Henri insiste sur le fait qu'il s'agit d'une décision tout à fait personnelle et qu'il ne s'est pas laissé entraîner par «les autres gars».

Parmi «les autres gars» il en est un avec qui il est très lié et qui s'est déjà engagé dans la Résistance. Il s'agit de Jacques VINCENT.

Jacques Jules VINCENT est né le 31 décembre 1924 à Valenciennes (59). Son père Jules qui était fourreur était né à Moulins. Sa mère était originaire de Valenciennes. La famille est domiciliée rue des Tuileries à Yzeure. Jacques est jardinier.

Selon le Certificat d'Appartenance aux FFI (Forces Françaises de l'Intérieur) en date du 10 mars 1952 Henri NAVROT est entré au Maquis de Châtel-Montagne (03)  le 15 septembre 1943 sous le pseudonyme de «Mimile».
 
 
Source du document ci-dessus: Archives de Paul CHAMPEAU.

Quelques membres au Maquis des Robins. Henri NAVROT est debout au deuxième rang à gauche. Jacques VINCENT est debout le 3ème en partant de la droite. Le traître Georges GOUVERNEUR est au centre le 5ème en partant de la droite.

Henri NAVROT et Jacques VINCENT sont arrêtés le 4 février1944 avec 21 autres résistants du Maquis de la Pourrière à Châtel-Montagne sur trahison d'un milicien infiltré, Georges GOUVERNEUR dit Jo. Selon Paul CHAMPEAU, l'un des 23 maquisards, le Maquis est encerclé par les GMR (Groupes Mobiles de Réserve) du Groupe Quercy sous la conduite de GOUVERNEUR et du milicien FRADIN. Paul CHAMPEAU raconte: « L'ennemi disposait d'une écrasante supériorité, tant par la position que par le nombre et l'armement (…). Il ne fut aperçu de nous qu'au dernier moment, alors que le cantonnement était étroitement surveillé. Il nous fallut capituler, subir la fouille et les menottes, le tout accompagné des sarcasmes de Fradin qui prit plaisir à faire un appel nominatif du groupe d'après la liste que lui avait fournie Gouverneur».
 
 
 

Ils sont internés une nuit à la prison de Cusset, puis à la Centrale de Riom (63). Après une tentative d'évasion collective réprimée par les GMR ils sont transférés à Compiègne le 28 juin1944. Ils sont déportés le 2 juillet 1944 de Compiègne à Dachau dans le convoi N°I.240 surnommé«Le Train de la Mort».

Ce convoi composé essentiellement de résistants a deux particularités: avec 2162 hommes c'est le plus important à être parti de Compiègne, mais aussi et surtout il est resté célèbre sous l'appellation de «Train de la Mort».

Selon le Mémorial annuaire des Français de Dachau de l'Amicale des Anciens de Dachau,

«Lors d'un arrêt prolongé du train en gare de St Brice près de Reims, par temps orageux et quarante degrés à l'ombre, les wagons se sont transformés en véritables étuves…Plus de cinq cents jeunes hommes sont morts de chaleur, de manque d'eau, d'asphyxie. L'atmosphère (…) a été génératrice de délire et de folie collective, entraînant des scènes d'horreur.

La responsabilité en incombe aux S.S.de la garde. Au moment où la situation devenait intenable, malgré les appels de détresse des détenus, les S.S. ont refusé d'ouvrir les portes, d'aérer les wagons et de distribuer de l'eau, ce qui eut sauvé les mourants.

Il ne s'agit, en la circonstance, ni d'une«bavure» ni d'un accident, mais essentiellement d'une action entrant dans le cadre de «l'entreprise générale et délibérée d'élimination des ennemis du Reich, de caractère authentiquement criminel».



 Source des documents ci-dessus: Allach Kommando de Dachau Amicale des Anciens de Dachau Jouve mai 1985.

Les corps des 530 victimes sont transférés directement au crématoire.

A l'arrivée Jacques VINCENT va recevoir le matricule N° 77928 et Henri NAVROT le N° 77891. Le 12 août 1944 ils vont être transférés tous les deux au camp de concentration de Flossenbürg. Il reçoit un nouveau matricule, le N° 21012. Il est affecté au Kommando d'Hersbruck où il arrive le 25 août.


Hersbruck: Kommando du KL Flossenbürg. Aménagé entre mars et septembre 1944 sur un ancien terrain du service du travail allemand, à 30 km à l'est de Nuremberg, ce Kommando a été créé pour installer une usine souterraine fabriquant des moteurs d'avion. Le travail des détenus consiste à déblayer les roches, préalablement dynamitées, afin d'aménager les galeries. 10000 détenus environ sont passés par ce camp annexe, 4000 y sont morts. En avril 1945, la SS évacue 1600 malades par train et 3800 à pied vers Dachau. Plus de 600 meurent en route.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.


Henri NAVROT ne va pas supporter les conditions inhumaines de travail. Il décède au bout de deux semaines, le 10 septembre 1944 selon le JO N° 116 du 18 mai 1995. Quant à Jacques VINCENT, il va survivre quelques mois de plus et, selon l'état civil de Valenciennes, il décède le 10 décembre 1944 à Flossenbürg où il a été transféré.

 
 
Journal La Croix du 3 mai 1948
Journal La Croix du 3 mai 1948

Document de gauche:Journal La Croix du lundi 3 mai 1948. Source:Archives privées.
Document de droite: Son nom figure aux Monument aux Morts d'Yzeure. Photo: Jeanne Chaussard.

A Hersbruck des urnes contenant les cendres de déportés français furent retrouvées par hasard dans la fosse commune du cimetière Ouest de Nuremberg. L'urne contenant les cendres d'Henri NAVROT sera ramenée par son frère Jean-Claude et déposée dans la tombe au cimetière d'Yzeure le 21 mai 1949.

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 440984), il est homologué en tant que Résistant au titre des F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur).


La carte de Déporté Résistant lui est attribuée à titre posthume le 11 avril 1952.

Source du document ci-dessus: Office Départemental des Anciens Combattants du Puy-de-Dôme.

"Mort pour la France"

"Mort en déportation" suivant l'arrêté du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en date du 4 avril 1995 paru au Journal Officiel N° 116 du 18 mai 1995.

Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1864 W 1,1580 W 7,

- Archives du camp de Flossenbürg sur Ancestry.com et JewishGen.org

- Archives privées
 
- Champeau Paul Matricule N° 77829 à Dachau témoignage écrit

- Journal La Croix du 3 mai 1948

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mémorial annuaire des Français de Dachau  Amicale des Anciens de Dachau 1987

- Moncorgé Raymond Montagne Bourbonnaise 1939-1945  Imprimerie Nouvelle 2004

- Office Départemental des Anciens Combattants de l'Allier

- Sérézat André Et les Bourbonnais se levèrent  Editions CREER 1986

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 440984)
 

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