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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 
LEFÈVRE Marceau Albert Antoine
 
 

Est né le 13 mai 1918 au domicile de son grand père Antoine LUSTIÈRE à Saligny-sur-Roudon (03). Son père Albert est employé de commerce et sa mère Francine née LUSTIÈRE est sans profession. Ils sont domiciliés à Paris.

Il est adopté par la Nation suivant le jugement du Tribunal Civil de Moulins en date du 3 février 1927.
 
Photo de Marceau LEFÈVRE, fonctionnaire des Douanes. Source: Archives de la famille.
 
 Le 9 août 1941 il épouse Frieda KALTENRIEDER à Morat (Suisse).
 
Classé soutien de famille en 1940 il est affecté au 5ème Dépôt des Equipages de la Flotte à Toulon, puis il passe au 152ème Régiment d'Infanterie dans l'Armée d'Armistice stationné à Montluçon (03) où il est cuisinier.
 
L'Armée d'Armistice ayant été dissoute suite à l'invasion de la Zone Libre par l'Allemagne, Marceau LEFÈVRE vient travailler ensuite comme journalier au Château de Vaumas au Donjon (03).

Selon la note de renseignements de la police en date du 25 juillet 1952, il est désigné et parti au STO, puis il est revenu en permission et est reparti volontairement en Allemagne à la fin de sa permission.

Selon la même note de la police «Pour des motifs ignorés, LEFEVRE aurait été par la suite maltraité, emprisonné en Allemagne et serait revenu après la libération en assez mauvais état physique».

Il est arrêté le 19 novembre 1944 et va passer de prison en prison:

Halle: prison et camp de travailleurs civils situés à 35 km au nord-ouest de Leipzig

Leipzig: prison située en Saxe
 
Hof: prison et camp de travailleurs civils situés entre Nüremberg et Leipzig

Nüremberg: prison située en Bavière.

.... avant d'être transféré le 29 décembre 1944 au camp de concentration de Dachau dans un groupe de 42 hommes où se trouve un autre déporté originaire de l'Allier, André COMBRISSON,  orthographié COMERESON dans le document ci-dessous.

 

Source du document ci-dessus: Mémorial annuaire des Français de Dachau.

Il reçoit le matricule N° 137179 et est affecté au Kommando d'Überlingen.

Überlingen: Kommando du KL Dachau. Apparu en septembre 1944, ce Kommando situé au bord du lac de Constance travaille pour la firme «Magnesit».
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.
 
 
Il est rapatrié sur Dachau où il est libéré le 29 avril 1945. Il rentre le 27 mai 1945.

La carte de Déporté Politique lui est attribuée le 5 novembre 1953.
Archives de la famille

Source du document ci-dessus: Archives de la famille.

 
Témoignage écrit de Marceau LEFÈVRE transmis par son fils Serge.
 
 
« C'est depuis octobre 1941, alors que j'habitais au Donjon/Allier, à 12 kilomètres de mon village natal, que la police de Pétain, bien renseignée par ses mouchards, s'intéressa tout particulièrement à mes agissements. Je me tenais sur mes gardes, mais le 19 avril 1943 j'étais soumis par la Police Spéciale, alors Boulevard de l'Hôtel de Ville à Vichy, à un interrogatoire serré qui dura plus de deux heures, au cours duquel on me reprochait d'avoir milité aux Jeunesses Socialistes ainsi qu'à la C.G.T., d'avoir eu un père ayant refusé d'adhérer –bien que mutilé de guerre- à la Légion des Combattants et surtout d'entretenir des relations suivies avec des personnes hostiles au Régime de Vichy.
 
Photo de Marceau LEFÈVRE prise un mois et demi après son retour. Source: Archives de la famille.
 

Malgré les menaces policières je gardais mon sang-froid et ne répondis que par des banalités, je ne fus pas arrêté. Mais quelques jours plus tard je recevais par l'intermédiaire de la Gendarmerie et de la Mairie du Donjon une convocation m'enjoignant de me rendre à Montluçon le lendemain même afin d'être soumis à une visite médicale, car j'étais requis par «l'Etat-dit-Français» pour aller travailler en Allemagne. Sachant les menaces qui pesaient sur moi et sur certains membres de ma famille et connaissant les sentiments pétainistes de plusieurs gendarmes du canton, je me suis rendu à Montluçon lesté d'un modeste bagage.

Après un simulacre de consultation médicale, je fus déclaré apte pour le travail dans le grand Reich. C'est depuis la gare de Montluçon qu'en compagnie d'une vingtaine de jeunes de la même tranche d'âge, je fus escorté par les G.M.R. jusqu'à Lyon-Brotteaux où plusieurs Lyonnais, dont certains étaient arrivés par voiture cellulaire montèrent dans le même train que nous. Puis la police allemande nous convoya ensuite jusqu'en Saxe, dans les environs de Halle via Stuttgart où la Wehrmacht avait remis une boule de pain à chacun d'entre nous.

Le surlendemain nous fûmes tous affectés aux Usines Buna-Werke (caoutchouc synthétique et produits chimiques) à Schkopau. J'y ai travaillé jusqu'au 19 mai 1944, date à laquelle la Gestapo de Halle-sur-Saale venait m'arrêter avec 15 autres camarades français dans le baraquement où nous logions. La fameuse Gestapo venait de découvrir dans notre chambrée un poste de T.S.F. fabriqué grâce à du matériel dérobé à l'usine par plusieurs habitants de la chambrée dont moi-même. Un camarade originaire de Lyon, Emile BOYER, électricien, s'était chargé du montage. Ce poste devait nous permettre d'écouter les émissions des Alliés et peut-être, le moment venu, leurs directives. Je ne sais pour quelles raisons ce poste-récepteur, caché dans un placard, brouilla un certain jour de mai 1944 les communications téléphoniques de la Direction du camp toute proche, au point que celle-ci alerta la Gestapo; les appareils perfectionnés de cette redoutable police la menèrent rapidement jusqu'à notre baraque où elle découvrait du même coup un important matériel électrique que nous avions dissimulé sous le plancher. Nous fûmes (tous les seize) arrêtés immédiatement et incarcérés la prison Praesidium de Halle. Considérés comme dangereux, mon ami René MALVAUD et moi étions placés dans la cellule n°7. Nous y restâmes pendant 10 jours avec les mains menottées, même la nuit. Enfin, après interrogatoires musclés et bastonnades dans les locaux de la Gestapo, et sans que nous ayons été traduits devant un tribunal, des «chefs» de la Gestapo vinrent un soir nous annoncer que nous étions condamnés à la détention à vie, notre principal crime étant le vol de matériel de valeur au préjudice du Reich en guerre.

Après un long séjour à la prison annexe de Halle j'ai connu, avec mes 15 infortunés camarades, les prisons de LEIPZIG, HOF et NÜREMBERG, puis fus transféré à Dachau à l'automne 1944. A l'issue de la quarantaine au Block 17, je fus envoyé, avec 6 autres camarades français et sous surveillance S.S., au sinistre Kommando d'ÜBERLINGEN: un tunnel au bord du lac de Constance qui devait abriter une usine d'aviation Messerschmidt.

J'ai travaillé dans cet enfer jusqu'à la fin de février 1945, puis fus renvoyé à Dachau en mars 1945 dans un état plus que lamentable. Au cours du «voyage» retour de nombreux détenus sont décédés dans notre wagon. A peine arrivé à Dachau, par comble de malheur, j'eus le typhus et beaucoup de peine à m'en remettre, puis j'ai traîné ma misère jusqu'à la libération du camp par la 7ème Armée Américaine au soir du 29 avril 1945. Après une quarantaine sanitaire, ce furent les camions de l'U.S. Army qui me conduisirent, avec plusieurs autres libérés, jusqu'au Centre de Rapatriement de Mulhouse où j'arrivais le 28 mai 1945.

Si la détention de ceux qui ont été arrêtés avec moi fut moins longue que celle de certains camarades, notre calvaire n'en fut pas moins douloureux. Sur notre groupe de 16, 5 camarades seulement étaient encore vivants après la libération des camps.»

 
 
 
Marceau LEFÈVRE décède le 30 août 2010 à Ambilly (74).
 
 
Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1580 W 9, 1 R 1938. 1070.1208,

- Archives du camp de Dachau sur Ancestry.com et JewishGen.org

- Archives de la famille

- Etat civil de Saligny-sur-Roudon (03)

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation

- Mémorial annuaire des Français de Dachau Amicale des Anciens de Dachau 1987

- Témoignage écrit de Marceau Lefèvre
 
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