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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

FERRY Marie Marcelle

Pseudonyme « Mitzy»

Musée d'Etat d'Auschwit-Birkenau transmis par Mémoire Vive

Source: © Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau. Triptyque transmis par l'association Mémoire vive. Remerciements.

Note concernant la photo ci-dessus: Les nazis ayant fait brûler leurs archives avant leur départ, les Polonais n'ont retrouvé que très peu de documents sur Auschwitz à l'exception de ces plaques enterrées dans une fosse peu profonde. Les taches sur le triptyque ci-dessus proviennent du contact des plaques photographiques avec la terre. Source: Charlotte Delbo Le convoi du 24 janvier Editions de Minuit 1965.

est née le 6 mars 1918 à Igney (88). Son père Joseph qui est mobilisé au moment de sa naissance est ouvrier d'usine et sa mère Marie Augustine MARY est manouvrière. Dernière d'une fratrie de cinq elle passe son enfance à l'orphelinat de Saint-Genest (88), puis à l'âge de 13 ans elle travaille de ci de là.

Fin 1940 elle arrive à Moulins et est embauchée comme serveuse au Café de la Madeleine rue des Garceaux à Moulins (03).

A la demande d'un client Robert elle entre peu à peu dans la résistance: remettre un paquet, puis avec son ami Maurice BUJON faire passer la Ligne de Démarcation à des prisonniers de guerre et à des Juifs qui fuient la Zone Occupée.

Elle est arrêtée par la Gestapo le 13 octobre  1942 sur dénonciation et internée au mitard à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins. De là elle est transférée le 24 octobre à la prison de Dijon (21), qu'elle quitte le 25 décembre 1942 pour le Fort de Romainville (93) où elle reçoit le matricule N° 1298.

Le Fort de Romainville
Ce fort militaire est situé sur la commune des Lilas en Seine-Saint-Denis au nord-est de Paris. Il accueille d'abord des prisonniers de guerre et des otages, dont certains seront fusillés au Mont-Valérien. Puis à partir de 1943 il devient l'antichambre de la déportation avant de servir de prison pour femmes en 1944.

Photographie, prise à la Libération, des casemates où étaient enfermés des détenus. Source: Les oubliés de Romainville un camp allemand en France (1940-1944) par Thomas Fontaine Editions Taillandier mai 2005.

Le 23 janvier 1943 elle fait partie des 222 femmes qui sont transférées en camion de Romainville à Compiègne. 8 autres femmes y sont déjà. Les 230 femmes, en grande majorité des résistantes dont plus de la moitié sont communistes, vont constituer Le convoi du 24 janvier qui a fait l'objet d'un livre de Charlotte DELBO. Ce convoi est référencé sous le N° I.74 dans le livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. C'est le seul convoi de femmes non-juives envoyées à Auschwitz.

Note: il s'agit en fait d'un convoi double puisque dans ce même convoi 1466 hommes recensés dans le livre mémorial vont être déportés à Sachsenhausen dont Maurice BUJON.

Parties de Compiègne le 24 janvier elles vont arriver à Auschwitz le 27 et vont entrer dans le camp de Birkenau en chantant La Marseillaise.

Marcelle FERRY reçoit le matricule N° 31816.

Le convoi du 24 janvier

Le convoi du 24 janvier 1943 ou convoi des 31000 fut le seul convoi de femmes résistantes française à être envoyé à Auschwitz, non pas en application de la Solution Finale ou par erreur- comme cela est parfois dit-, mais par une volonté délibérée de détruire ces femmes considérées comme dangereuses.

Ces 230 femmes parties de Compiègne le 24 janvier ne sont plus que 70 le 10 avril, soit soixante-treize jours après leur arrivée.

Comment expliquer une mortalité aussi élevée et aussi rapide? Tout d'abord le climat: « ces femmes ont été transportées brusquement d'un climat tempéré dans un climat continental en plein hiver. Quand on est à peine vêtu, immobile, les pieds dans la neige pendant des heures et que le thermomètre est figé à – 15», une pneumonie ou la dysenterie s'attrape facilement. Certaines femmes sont en état de choc et ne peuvent ni s'alimenter ni dormir. Elles meurent aussi d'épuisement. Ajoutez les accidents ou le sadisme des nazis: voir l'exemple ci-contre de «la course» du 10 février 1943.

« Sur les 230 qui chantaient dans les wagons au départ de Compiègne le 24 janvier 1943, 49 sont revenues après 27 mois de déportation. Pour chacune, un miracle qu'elle ne s'est pas expliqué.»

Source: Le convoi du 24 janvier Charlotte DELBO, Les Editions de Minuit

La Course du 10 février 1943

Charlotte Delbo raconte: « Après l'appel du matin, qui avait duré comme tous les jours de 4 heures à 8 heures, les SS ont fait sortir en colonnes toutes les détenues, dix mille femmes, déjà transies par l'immobilité de l'appel. Il faisait moins 18. Un thermomètre, à l'entrée du camp, permettait de lire la température au passage. Rangées en carrés dans un champ situé de l'autre côté de la route, face à l'entrée du camp, les femmes sont restées debout immobiles jusqu'à la tombée du jour sans recevoir ni boisson ni nourriture. Les SS, postés derrière des mitrailleuses, gardaient les bords du champ….Vers 5 heures du soir, coup de sifflet. Ordre de rentrer. Les rangs se sont reformés sur cinq. «En arrivant à la porte, il faudra courir». L'ordre se transmettait des premiers rangs. Oui, il fallait courir. De chaque côté de la Lagerstrasse, en haie serrée, se tenaient tous les SS mâles et femelles, toutes les Kapos, tous les polizeis, tout ce qui portait brassard de grade. Armés de bâtons, de lanières, de cannes, de ceinturons, ils battaient toutes les femmes au passage. Il fallait courir jusqu'au camp. Engourdies par le froid, titubantes de fatigue, il fallait courir sous les coups. Celles qui ne couraient pas assez vite, qui trébuchaient, qui tombaient, étaient tirées hors du rang, saisies au col par la poignée recourbée d'une canne, jetées de côté. Quand la course a été finie,….celles qui avaient été tirées de côté ont été emmenées au block 25. (Là), on ne nous donnait presque rien à boire, presque rien à manger. On y mourait en quelques jours. Celles qui n'étaient pas mortes quand le Kommando du ciel (les prisonniers qui travaillaient au crématoire) venaient vider le block 25, partaient à la chambre à gaz dans les camions avec les cadavres à verser au crématoire.

La course a eu lieu le 10 février 1943, deux semaines après notre arrivée à Birkenau. On a dit que c'était pour nous faire expier Stalingrad.»

Source: Le convoi du 24 janvier Charlotte DELBO, Editions de Minuit

Marcelle FERRY survit aux six premiers mois passés à Birkenau et à partir du 3 août 1943 bénéficie de la quarantaine, mesure prise par les nazis encore inexpliquée.

Pour Charlotte DELBO «La quarantaine, c'était le salut. Plus d'appel, plus de travail, plus de marche, un quart de litre de lait par jour, la possibilité de se laver, d'écrire une fois par mois, de recevoir des colis et des lettres».

Marcelle FERRY contracte le typhus et est admise au Revier (Infirmerie) qu'elle quitte pour Ravensbrück le 2 août 1944.

Le 4 mars 1945 elle est transférée à Mauthausen dans un convoi composé de déportées NN. Elle y arrive le 7 mars et reçoit le matricule N° 1653. Elle est affectée à l'Arbeitsensatz (Maind'oeuvre Agricole).

 
 
Source du document ci-dessus: Service International de Recherches d'Arolsen 1869354.

Elle est libérée le 22 avril 1945 par la Croix-Rouge et arrive en Suisse le 24 avril.

Comité International de la Croix Rouge

Source du document ci-dessus: Comité International de la Croix-Rouge à Genève (Suisse).


Elle est rapatriée par Annemasse (74).

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 222553), elle est homologuée en tant que Résistante au titre des F.F.I. (Forces Françaises de l'Intérieur).

Elle décède à Martigues (13) le 29 août 1988.

 
Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1580 W 9, Y 216,

- Archives Départementales du Puy-de-Dôme 908 W 199

- Archives du Comité International de la Croix-Rouge à Genève

- Delbo Charlotte Le convoi du 24 janvier Editions de Minuit 1965

- Etat civil d'Igney (88)

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mauthausen Le Troisième Monument   site Internet

- Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau et Mémoire vive

- Queny Marion Un cas d'exception: 230 femmes françaises déportées à Auschwitz Birkenau en janvier 1943 par mesure de répression: le convoi du 24 janvier. Université Charles-de-Gaulle Lille 3 juin 2004

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 222553)

- Service International de Recherches d'Arolsen 1869354,

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