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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 
THÉVENET Jean
 
 
Archives de la famille

est né le 8 août 1920 au domicile de ses parents 25, rue du Jeu de Paume à Moulins. Son père Nicolas et sa mère Claudine née GUÉROT sont boulangers.

Il exerce la profession d'électricien d'entretien à l'usine Bardet.

En 1940 il passe en Zone Libre et s'engage aux Compagnons de France et travaille ensuite sur divers chantiers agricoles et forestiers. Le 15 octobre 1942 il s'engage pour un an dans l'Armée d'Armistice, mais elle est dissoute après l'invasion de la Zone Libre par les nazis en novembre 1942. Il travaille alors à la boulangerie.

Source de la photo ci-contre: Archives de la famille.

 
En mars 1943 il est convoqué une première fois pour le STO (Service du Travail Obligatoire) à Dijon et Nevers, mais revient à Moulins.
 
 

Par la loi du 16 février 1943 du gouvernement de l'Etat Français est créé le Service du Travail Obligatoire qui impose aux hommes nés au dernier trimestre 1919 ou en 1920-21-22 d'aller travailler pendant deux ans en Allemagne.

Le même mois ils sont 80 à être convoqués à l'Atelier de Chargement à Yzeure pour soit disant être embauchés. En fait ils sont arrêtés et conduits sous escorte de gendarmes réquisitionnés à Saint-Nazaire au titre du S.T.O. (Service du Travail Obligatoire) aux Chantiers de l'Organisation Todt (chargée de construire le Mur de l'Atlantique). Ils sont 5 Moulinois à s'évader.

Archives de la famille
 
Il aimait raconter cette anecdote et à chaque fois son visage s'illuminait d'un large sourire, heureux d'avoir berné les nazis et leurs complices français. En fait il est entré par une porte et au bout du couloir une porte était ouverte. Il est ressorti par cette porte avec quatre autres Moulinois. Pour rentrer ils décident de prendre le train, mais à la gare sur qui tombent-ils? Sur les gendarmes qui les avaient escortés! Ceux-ci ayant accompli leur mission qui était de les escorter ferment les yeux et leur conseillent même de voyager séparément pour ne pas se faire repérer. Jean THÉVENET va se faire oublier quelque temps à Paray-le-Monial chez les parents de sa fiancée avant de revenir en août à Moulins où il reprend le travail à l'usine BARDET comme électricien avec de vrais faux papiers.
 
 
Archives de la famille

Il s'engage pour la durée de la guerreau réseau "Béarn" comme agent P2 (agent permanent) avec ses amis Roger DUMAIT, Claude GUÉRAUD et Georges PÉRICHON du 1er décembre 1943 au 29 mai 1944. Le réseau Béarn était affilié au BCRA (Bureau Central de Renseignements et d'Action: en clair le Service de Renseignements de la France Libre). Il recueille des renseignements et commet des sabotages, le transformateur de l'usine Bardet, par exemple.

 

Le 11 avril 1944 il épouse Jeanne DUBREUIL à Paray-le-Monial (71).

Le 3 mai 1944, il est arrêté sur dénonciation à l'usine Bardet par la police française, la Brigade Antiterroriste de Dijon. Ses trois copains seront eux aussi arrêtés en ce mois de mai 1944. Il est immédiatement transféré à la Maison d'Arrêt de Riom dans le Puy-de-Dôme.

Le 7 juin- lendemain du débarquement en Normandie-, à l'intérieur les détenus de la prison se soulèvent et à l'extérieur le Maquis de Volvic devait attaquer. Malheureusement l'attaque n'a pas lieu, le soulèvement est réprimé et la prison est vidée le 28 juin; les 182 détenus partent en car pour Compiègne. Le car tombe en panne à Moulins…Jean THÉVENET réussit à faire passer un message à sa famille pendant la réparation du car.

Le 2 juillet 1944, départ de Compiègne du train 7909 qui restera dans les mémoires plus connu sous le nom de «Train de la Mort». Il réussit à jeter un carton du train pour informer sa famille.
 
 

Au dos est écrit, mais illisible:

«Partons tous ensemble

avec Vincent, Navrot, Bardet

travailleurs en Autriche

défense d'écrire

prévenir…»
 
Note de l'AFMD: Il s'agit de BARDET Gilbert.
Archives de la famille
Selon le Mémorial annuaire des Français de Dachau rédigé par l'Amicale des Anciens de Dachau , «Lors d'un arrêt prolongé du train en gare de St Brice près de Reims, par temps orageux et quarante degrés à l'ombre, les wagons se sont transformés en véritables étuves…Plus de cinq cents jeunes hommes sont morts de chaleur, de manque d'eau, d'asphyxie. L'atmosphère (…) a été génératrice de délire et de folie collective, entraînant des scènes d'horreur.

La responsabilité en incombe aux S.S.de la garde. Au moment où la situation devenait intenable, malgré les appels de détresse des détenus, les S.S. ont refusé d'ouvrir les portes, d'aérer les wagons et de distribuer de l'eau, ce qui eut sauvé les mourants.

Il ne s'agit, en la circonstance, ni d'une«bavure» ni d'un accident, mais essentiellement d'une action entrant dans le cadre de «l'entreprise générale et délibérée d'élimination des ennemis du Reich, de caractère authentiquement criminel».

Source des documents ci-dessus: Allach Kommando de Dachau Amicale des Anciens de Dachau Jouve mai 1985.

Jean THÉVENET a la chance dans son malheur d'être dans le wagon où sont regroupés les prisonniers de Riom et ils ne sont que 80. Dans les autres wagons le nombre dépassait la centaine alors que ceux-ci n'étaient prévus que pour loger 40 hommes.

A l'arrivée le 5 juillet, il reçoit le matricule N° 77922.


Source du document ci-dessus: Service International de Recherches d'Arolsen 10337054.

Après la quarantaine, il est affecté au Kommando d'Allach. Il y «travaille» comme électricien à l'entretien de l'usine qui fabrique des cylindres de moteurs d'avions jusqu'au mois de décembre 1944, qu'il réussit à passer au Revier sans être malade, et ce grâce à la complicité d'un docteur.

Il passe janvier, février et mars au camp de Lauingen où, toujours comme électricien, il «travaille» sur les carlingues de Messerschmitt 262.

Fin mars et avril il est de retour à Dachau où il «travaille» au service électrique.

Que ce soit à Allach, Lauingen ou Dachau, la résistance continue: son «travail» consiste toujours à en faire le moins possible pour ménager ses forces et ralentir la production et aussi à saboter le matériel de façon intelligente pour ne pas être pris, sinon c'est la mort assurée.

Le dimanche 29 avril 1945 à 17 h le camp est libéré par les Américains qui fusillent un certain nombre de gardiens S.S.

Le 15 mai 1945, il est rapatrié par la II ème Division Leclerc et le 18 mai il retrouve sa famille.
 
 
Les services accomplis comme Agent P 2 comptent du 30 mai 1944 au 16 mai 1945 en qualité de Chargé de Mission de 3ème Classe avec le grade correspondant de Sous-Lieutenant pendant la durée de sa mission.

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 567547), il est homologué en tant que Résistant  au titre des F.F.C. (Forces Françaises Combattantes) et  des D.I.R.  (Déportés et Internés Résistants).

La carte de Déporté Résistant  N° 1.011.32964 lui est attribuée  sur décision du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en date du 16 février 1961.

DIAC Clermont-Ferrand

Source du document ci-dessus: Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Clermont-Ferrand.

 

En 1987, dans le cadre de l'Amicale des Anciens de Dachau, avec son épouse il prend une part importante à la rédaction du «Mémorial annuaire des Français de Dachau».

Il décède le 7 septembre 2010 à Moulins et est inhumé au cimetière de Neuvy (03).

L'éloge funèbre fut prononcé par le président de l'AFMD de l'Allier. En voici la conclusion:

«Nous garderons de lui le souvenir d'un homme droit, droit dans ses convictions, droit dans ses actes, droit dans sa parole. Il ne pouvait choisir qu'une voie, celle de l'honneur, c'est-à-dire l'engagement dans la Résistance.»

Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1864 W 1, 1 R 1940.2613,

- Archives de la famille

- Archives Municipales de Moulins

- Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Clermont-Ferrand

- Etat civil de Moulins (03)

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mémorial annuaire de Français de Dachau Amicale des Anciens de Dachau

- Office Départemental des Anciens Combattants de l'Allier

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 567547)

- Service International de Recherches d'Arolsen 10337054,

- Témoignage de Jean Thévenet recueilli par l'AFMD de l'Allier
 
 
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