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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

QUILLIER Emile André


est né le 16 février 1907 au domicile de ses parents au N° 11, rue Rebenal à Paris (19ème). Son père Auguste est charpentier et sa mère Victoire née LEMAIRE est brodeuse. Il est pupille de l'Assistance Publique.

Il fait son service militaire au 11ème Régiment de Chasseurs Alpins en 1927. Il en est démobilisé en 1928 avec le grade de caporal-chef. Il exerce le métier d'électricien.

Le 25 juillet 1931 il est journalier domicilié route de Gennetines à Yzeure (03) quand il épouse Augustine RAFFIN à Moulins (03). Ils ont 3 enfants: Jacqueline née en 1932, Monique née en 1933 et Maurice né en 1939. Ils sont domiciliés Place des Trois Puits à Bourbon-l'Archambault.

Source de la photo: Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Clermont-Ferrand.


Le 2 septembre 1939 il est mobilisé, puis renvoyé chez lui «comme affecté spécial».

Dès 1940 il héberge des soldats polonais démobilisés de l'armée française et ce jusqu'en 1944 pour le compte du réseau polonais POWN.

Il fait partie d'un réseau anglo-franco-polonais qui est une filière d'évasion pour les soldats polonais: hébergement, passage vers l'Espagne, puis Gibraltar, puis l'Angleterre pour reprendre le combat contre les nazis. On estime, selon la note des Renseignements Généraux, qu' « Environ 15 de ces soldats auraient bénéficié de son aide en ce sens et de son hébergement ».

Pour communiquer avec Londres Emile QUILLIER a besoin d'un poste émetteur récepteur.

Il est à peu près 20 heures ce dimanche 18 juin 1944 (12 jours après le Débarquement en Normandie) quand la famille QUILLIER au complet, Emile et son épouse Augustine et leurs 3 enfants Jacqueline 12 ans, Monique 11 ans et Maurice 5 ans, vont au cinéma voir le film Le camion blanc. Ils sont accompagnés de deux résistants qu'ils hébergent: un Polonais et un Anglais. Ils se dirigent vers le Casino des Thermes quand surgissent deux autos avec des jeunes gens armés de mitraillettes et agitant des drapeaux FFI. Les autos se dirigent vers la Place des Trois Puits. Méfiant Emile QUILLIER fait partir les deux résistants, attend et observe à distance: il veut donner le temps aux deux résistants de s'éloigner. Puis il se dirige vers sa maison.

Les miliciens ayant fouillé la maison et découvert deux postes émetteurs, les QUILLIER sont arrêtés ainsi que Jean DURAND et Louis PEROZ qui, pensant qu'il s'agit de maquisards, selon Jacqueline QUILLIER, «décident dans un élan patriotique louable de se mettre à la disposition du maquis». La maison est pillée, puis incendiée avec interdiction aux pompiers d'intervenir.

Document N°1: La maison de la famille QUILLIER est celle qui fait l'angle à droite. Source: © Office du Tourisme de Bourbon-l'Archambault.
Documents N° 2 et 3: Le 26 août 2007 la Municipalité de Bourbon-l'Archambault fait apposer une plaque à l'emplacement de la maison QUILLIER en mémoire des victimes de la rafle du 18 juin 1944. Photos: AFMD de l'Allier.

Le fait que les miliciens soient allés directement à la maison des QUILLIER fait penser qu'ils ont pu être dénoncés. Par qui? Selon la famille par une femme pour qui Madame QUILLIER faisait des travaux de couture. Cette femme avait observé que les QUILLIER avaient des «amis suspects». Mais ce que les QUILLIER ne savaient pas c'est que cette femme était l'amie d'un milicien. Celle-ci a été abattue à la Libération selon Jacqueline QUILLIER.

Les 7 personnes (les 5 QUILLIER plus Jean DURAND et Louis PEROZ) sont amenées à l'Hôtel des Sources. Des soldats allemands prévenus par les miliciens arrivent en camion. Deux Juifs, Pierre WILDENSTEIN et Alex EHRLICH, qui prennent une consommation sont eux aussi arrêtés.

Les interrogatoires et fouilles sous la menace des armes- y compris pour le petit garçon de 5 ans!- vont durer jusqu'à deux heures du matin. Augustine QUILLIER et ses trois enfants sont relâchés.Les cinq hommes,eux,  sont alors transférés à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins.

Les deux Juifs, Alex EHRLICH et Pierre WILDENSTEIN, qui sont arrêtés par mesure de persécution parce que Juifs, vont être transférés à Drancy le 15 juillet, puis Auschwitz.

Quant à Emile QUILLIER, Jean DURAND et Louis PEROZ ils ont arrêtés par mesure de répression et vont avoir un parcours différent.
 
Le 20 août 1944 il reste encore environ 360 prisonniers à la Mal-Coiffée. Les nazis en libèrent progressivement environ 300. Ils en emmènent 66 avec eux avec la promesse de les libérer dès la frontière franchie. Ils doivent donc servir de bouclier humain. Ce train est précédé d'un train blindé. Ils restent bloqués 3 jours à Paray-le-Monial.

Partis le 25 août ils arrivent le 31 à Belfort. Ils sont internés à la Caserne Friedrich en attendant d'être déportés le 5 septembre à Buchenwald où ils arrivent le 10 dans le convoi N° I.285.

 
 
Source du document ci-dessus extrait de la liste du convoi N°I.285 transmise par l'Association Française  Buchenwald-Dora et Kommandos.

A Buchenwald Emile QUILLIER reçoit le matricule N° 85186 et, après la quarantaine passée au Petit Camp au Block 63, il est envoyé au Grand Camp au Block 10  avant d'être transféré  au Kommando de Jena.

Source du document ci-dessus extrait du Registre Matriculaire des 85000 transmis par l'Association Française  Buchenwald-Dora et Kommandos.

Jena: Kommando du KL Buchenwald. Deux Kommandos existent dans cette ville située à 25 km à l'est de Weimar. Les détenus travaillent notamment à la réparation de locomotives et de voies ferrées. Ils sont près de 1000 en janvier 1945.
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.



Il est libéré le 4 avril 1945 et rapatrié le 17 mai.

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 495764), il est homologué en tant que Résistant au titre de la R.I.F. (Résistance Intérieure Française) et des D.I.R. (Déportés et Internés de la Résistance).

La carte de Déporté Résistant lui est attribuée le 22 mars 1954.

Source du document ci-dessus: Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Clermont-Ferrand.


Dans son travail de résistance Emile QUILLIER a été admirablement secondé par son épouse Augustine.

Augustine QUILLIER
Mission militaire polonaise de liquidation en France

Source des 3 documents ci-dessus: Archives de la famille.

Emile QUILLIER décède le 6 novembre 1965 à Moulins.


 
Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1864 W 1, 1580 W 9,

- Archives de la famille

- Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains à Caen

- Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Clermont-Ferrand

- Etat civil de Paris (19ème) et Moulins (03)

- Fallut Robert Faits divers 1939-1945 dans le canton de Bourbon-l'Archambault Imprimerie Guériaud Lapalisse mars 2003

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mémorial Buchenwald Dora Kommandos  Association Française Buchenwald Dora et Kommandos

- Office Départemental des Anciens Combattants de l'Allier

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 495764)

 


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