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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 
JEANTET Gabriel Marie Louis Aimé
 
 

est né le 3 avril 1906 au domicile de ses parents à Pomponne (77). Son père Antoine est homme de lettres et sa mère Reine née CHAVIN est sans profession. Il reçoit une éducation royaliste.

Il exerce des responsabilités au sein d'organisations étudiantes royalistes d'extrême-droite, fait partie des Camelots du Roi, puis adhère à la Cagoule ou CSAR (Comité Secret d'Action Révolutionnaire), organisation fasciste dirigée par Eugène Deloncle.  Il s'y «spécialise dans le trafic d'armes tantôt en Italie et tantôt en Espagne» selon Philippe Bourdrel.
 
Source de la photo: Franc Tireur  octobre 1948.

Après la signature de l'Armistice il décide de s'engager derrière Pétain.

Il devient co-directeur des Editions de la France Nouvelle: France, revue de l'Etat nouveau l'Amicale de France qui sert de propagande pour la Révolution Nationale.

Il est décoré de la francisque avec le N° 50 et parrainera à son tour plusieurs personnes dont François Mitterrand.



Pour Pierre PÉAN  «Jeantet, perpétuel comploteur, est à la fois un propagandiste militant et un homme de l'ombre; il reçoit et aide des résistants (anciens cagoulards) venus de Londres et favorise d'autres menées antiallemandes.»
 

Il est arrêté le 27 juillet 1944 par la Brigade Poinsot avec Pierre DARBIEUX, Philippe d'ELBÉE, Marguerite DELCHAMBRE, son amie et Suzanne LAISSAC, sa secrétaire. Gabriel JEANTET est interné à l'Hôtel du Portugal, siège de la Gestapo, alors que les autres sont envoyés dans la prison de la Milice au Château des Brosses à Bellerive-sur-Allier (03).

Selon Bénédicte Vergez-Chaignon «Jeantet lui-même imputa son arrestation à Darnand (son ancien camarade de la Cagoule) qui, il est vrai, les faisait surveiller, lui et Ménétrel».

Quant au motif de l'arrestation il en existe trois versions: celle de Georges Rougeron dans Quand Vichy était capitale 1940-1944: «Le 27 juillet elle (la Brigade Poinsot) arrêtait l'équipe de l'Amicale de France soupçonnée de relations avec les Allemands liés au complot contre Hitler et remettait son chef, Gabriel Jeantet, à la Sipo.»

La deuxième version est celle de Gabriel JEANTET à son retour de déportation, version rapportée par Marc-André Fabre: «Il (G.Jeantet) racontera alors qu'au moment de son arrestation le maréchal venait de le charger d'entrer en rapports avec le Maquis d'Auvergne pour prévenir toute tentative d'enlèvement du chef de l'Etat français par les Allemands».

La troisième version, qui est la plus documentée, est celle de Philippe Bourdrel dans Les Cagoulards dans la guerre. Selon Philippe Bourdrel « Après la dissolution de l'Amicale de France sur décision de l'amiral Darlan, Jeantet rejoint l'organisation 7ème Colonne Alsace, à l'origine destinée à l'entraide des Alsaciens déplacés en 1940, et bientôt transformée en mouvement de résistance et de renseignement. (…) Jeantet fournit des fonds, les papiers de circulation pour les voitures. (…) il s'emploie à obtenir l'élargissement de résistants sur le point d'être jugés».

Selon Philippe Bourdrel Gabriel JEANTET est arrêté avec ses collaborateurs  «sur dénonciation d'un des dirigeants des Renseignements Généraux».

Les cinq sont déportés de Paris gare de Pantin dans le convoi N° I.264 parti le 15 août 1944 et arrivé le 20 août 1944 à Buchenwald. Les femmes arrivent à Ravensbrück le 21 août.

Le cas de Gabriel JEANTET va être dissocié. Il n'est pas immatriculé, mais transféré comme personnalité-otage à Bad Godesberg (Hôtel Dreesen au sud de Bonn) qui est évacué le 29 mars 1945, puis au Château d'Eisenberg.


Personnalités-otages: un certain nombre de personnes occupant en général des postes à responsabilité civile, politique ou militaire voire religieuse sont arrêtées souvent de manière préventive à cause du danger qu'elles pouvaient représenter, puis déportées. Elles devaient servir le cas échéant de monnaie d'échange. Elles ont eu un sort enviable en comparaison des autres déportés.

Il rentre le 19 mai 1945.

Epilogue:

Gabriel JEANTET épousera Marguerite DELCHAMBRE le 25 octobre 1945 à la mairie du 6ème arrondissement de Paris. Ils auront 3 enfants dont 2 fils, l'un prénommé Pierre en mémoire de Pierre DARBIEUX et l'autre Philippe en mémoire de Philippe d'ELBÉE, ses deux amis morts en déportation.

Selon Le Figaro du 9 octobre 1948 il est condamné par la Chambre civique «à 25 ans de dégradation nationale et à la confiscation de ses biens présents et à venir», puis un peu plus tard à une peine de quatre ans de prison pour sa participation à la Cagoule. Cette dernière peine sera amnistiée.

Selon le Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 308756), il est homologué en tant que Résistant au titre des D.I.R. (Déportés et Internés de la Résistance).


La carte d'Interné Résistant N° 1.201.17573 lui est attribuée sur décision du Ministère des Anciens Combattants et Victimes de Guerre en date du 24 mars 1960.
Source du document ci-contre: Archives de Paris 3595 W 42.

Il se suicide le 1er décembre 1978 à Villejuif (Val-de-Marne).

Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1580 W 8,

- Archives de Paris 3595 W 42

- Archives et témoignage de la famille

- Archives Générales du Royaume de Belgique 1.1.47.1,

- Bourdrel Philippe Les cagoulards dans la guerre Albin Michel 2009

- Etat civil de Pomponne (77) et de Paris (6ème)

- Fabre Marc-André Dans les prisons de Vichy Albin Michel 1995
 
- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Péan Pierre Une jeunesse française François Mitterrand 1934-1947 Editions Fayard 1994,

- Photo Franc-Tireur octobre 1948,

- Le Figaro des 8 et 9 octobre 1948

- Rougeron Georges Quand Vichy était capitale 1940-1944 Editions Horvath 1983

- Service Historique de la Défense (Dossier GR 16 P 308756)

- Vergez-Chaignon Bénédicte Les Vichysto-résistants de 1940 à nos jours Perrin 2008

 
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