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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 

SURVILLE Gaston Louis

Est né le 18 mars 1886 à Bretteville-sur-Laize (14). Il est le fils de Louis et de Virginie née MENARD. Il épouse Valentine BENOUVILLE.

Ancien Combattant de la Guerre 1914-1918 il est titulaire de la Croix de Guerre avec Palme et de la Médaille Militaire et est fait Chevalier de la Légion d'Honneur.

Source de la photo ci-contre: Archives de la famille.


En 1939 il est en poste à Strasbourg et, maintenu à ce poste sur ordre, il est arrêté par les Allemands à leur arrivée dans cette ville. Il est alors interné au camp de Welzheim, puis Munster, Stuttgart, Recklinghausen, Essen, Cologne, Coblence, Mayence, Mannheim et Karlsruhe. Il est libéré fin septembre 1940 et expulsé vers la France.

Contrôleur Général de la Sûreté Nationale il est domicilié 8, rue des Aubépins à Lyon (69).

Dans le Calendrier de la persécution des Juifs de France juillet 1940-août 1942 , Serge KLARSFELD indique que Gaston SURVILLE «se rend à partir du 4 août 1942 dans les préfectures régionales de la zone libre pour coordonner les opérations de la grande rafle». Par «grande rafle» il faut comprendre la rafle de Juifs du 26 août 1942.

Un télégramme (N°11742 daté du 4 août 1942) est envoyé aux préfets régionaux dans ce sens : « Vous informe que Monsieur Surville, Contrôleur général de la Police Nationale, est chargé de l'exécution d'une décision prise par le Gouvernement. Vous en exposera de vive voix la nature. Vous prie apporter toute diligence à la réalisation mesures que vous arrêterez avec lui". 

La Rafle du 26 août 1942

La Rafle de Juifs étrangers le 26 août 1942 dans les 40 départements de la Zone Libre est le pendant de la Rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet en Zone Occupée.
Les deux rafles sont le résultat d'un accord signé le 2 juillet 1942 entre le général SS OBERG, commandant la police et le SD allemands, et René BOUSQUET, secrétaire général à la Police du gouvernement LAVAL.
En clair les Juifs étrangers ont été livrés aux nazis.

En 1944 son attitude déplaisant, il est mis à la retraite par le gouvernement de Pétain le 16 avril de la même année "sur ordre de l'autorité occupante" selon sa déclaration.

Convoqué à Vichy il se rend à cette convocation le 1er juin 1944 et est interné au Château des Brosses, prison de la Milice à Bellerive-sur-Allier (03) où ils retrouvent deux contrôleurs généraux de la police, Henri BROIS et Fernand LINAS. Il est ensuite amené au 125,Boulevard des Etats-Unis, siège de la Gestapo à Vichy, où il est torturé, comme le confirme Pierre SARRAT dans son livre "Dans les prisons de la Gestapo":
"Surville , avant et après tant d'autres, en refait la dure expérience.
Quand on l'introduit, titubant, la figure ensanglantée, meurtri de coups, dans la cellule, nous nous empressons. On l'étend sur une planche, on l'entoure de couvertures, la fièvre le fait trembler de froid. On essuie le sang sur son visage.
Lorsque deux heures après, il peut parler, il nous raconte comment, obligé de se tenir au garde-à-vous, il était giflé à tour de bras et lorsqu'il esquissait instinctivement un geste de parade, frappé à coups de nerf de boeuf par un soldat S.S. placé derrière lui. L'inspecteur de la Gestapo l'a bourré de coups de poing dans l'estomac, dans le flanc, visant le foie, c'est , nous l'apprenons par la suite, une de ses spécialités, et lui a donné des coups de pied qui lui mettent les tibias à vif".

Gaston SURVILLE est ensuite transféré à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (03).

En août 1944 il quitte la Mal-Coiffée pour être interné dans les prisons de Nancy, puis de Sarrebourg. Le 29 septembre il est transféré hors de France à la prison de Stuttgart, ensuite à la Forteresse d'Asperg dans le Wurtemberg.

Puis son statut va changer: le détenu va devenir un «Prominente Persönlichkeinten» traduit en français par «personnalité-otage».

Personnalités-otages: un certain nombre de personnes occupant en général des postes à responsabilité civile, politique ou militaire voire religieuse sont arrêtées souvent de manière préventive à cause du danger qu'elles pouvaient représenter, puis déportées. Elles devaient servir le cas échéant de monnaie d'échange. Elles ont eu un sort enviable en comparaison des autres déportés. 

En effet en novembre 1944, il est transféré  au Château d'Eisenberg.

Eisenberg: Le château d'Eisenberg est officiellement un Kommando du KL Flossenbürg créé en juin 1943. Il est situé dans l'ancienne Tchécoslovaquie et est chargé de recevoir des "Personnalités-otages".
Source: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation.

Il utilise ses talents de dessinateur pour reproduire le Château d'Eisenberg et sa cellule.

Source des documents ci-dessus: Archives de la famille.

Il y est libéré le 8 mai 1945 et est rapatrié à Lyon le 14 mai.

Il est réintégré dans la police en juin 1945. 

Il dresse le 18 octobre 1945 la liste de ses activités de résistant :
« Chef du service central de la Ligne de Démarcation en 1942. Relevé de ses fonctions par M.BOUSQUET :
- pour avoir donné des instructions à tous les chefs de poste de la Ligne de Démarcation pour laisser circuler librement les réfractaires et pour arrestation des agents ennemis
- pour avoir obtenu des résultats trop importants dans l’arrestation des agents de renseignements allemands, ce qui gênait la Collaboration
- pour avoir couvert le départ pour Alger du Commissaire AMBROSI actuellement au service des Renseignements Généraux à Marseille
- pour avoir proposé la relève du Commissaire G…… de Valence, affilié à la Milice
- de même pour le Commissaire M…..
- pour avoir défendu le Commissaire Central HAUTERIVE d’Avignon et le Commissaire de police BONNET d’Avignon, attaqués par la Légion et la Milice
- pour avoir provoqué la mise à la retraite de G….., commissaire central de Nice, agent de renseignements de la Légion
- pour avoir prononcé la révocation de 7 gardiens du Camp de Rivesaltes, membres du P.P.F.
- Engagement dans la police de l’Inspecteur FAURE Frédéric de la Police d’Etat de Nice pour le soustraire au Service Obligatoire
- Oppositions contre POINSOT au tableau d’avancement pendant deux ans
- Interventions auprès des préfets régionaux de Nice, Montpellier, Limoges en faveur des Juifs menacés de déportation
- Affiliation à Valence à un S.R. (Colonel COTTA) travaillant pour le compte des Alliés
- Communication à Léonce CRABBE, membre de la Résistance, journaliste strasbourgeois réfugié à Lyon, des circulaires concernant dispositions prises contre la Résistance. »


Il est fait Officier de la Légion d'Honneur par décret du 8 mars 1946 et prend sa retraite en juillet 1947.

La photo ci-contre a été prise en 1946 dans son  bureau de Secrétaire Général pour la Police du Sud Ouest à Bordeaux 17, cours de Verdun.

Source de la photo: Archives de la famille.

Secrétaire général honoraire de la police, il décède à son domicile à Bordeaux (33) le 19 mars 1948.

Selon les Archives Départementales de Gironde,  considérant que Gaston SURVILLE a été "arrêté en raison de sa notabilité",  la Commission Départementale rejette sa demande de carte de Déporté Résistant.

La carte  de Déporté  Politique  N° 1.106.24610 lui  est attribuée  par le  Ministère des Anciens Combattants sur avis favorable de la Commission Nationale des déportés et internés politiques en date du 7 janvier 1958.


Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1864 W 1,

- Archives Départementales de Gironde

- Archives de la famille

- Bureau des Archives des Victimes des Conflits Contemporains à Caen

- Etat civil de Bordeaux (33)

- Klarsfeld Serge  Calendrier de la persécution des Juifs de France juillet 1940-août 1942  Fayard 2001

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Sarrat Pierre Dans les prisons de la Gestapo  Imprimerie Launay 3ème trimestre 1945

 
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