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Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation de l'Allier
 
SCHLOTTERBECK Jean Albert
 
 

est né le 31 mai 1914 à Oran (Algérie). Il est le fils de Frédéric et de Louise née GSELL.
 

Il entre à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers d'Aix-en-Provence (13), puis il fait le service militaire dans l'aviation où il est affecté aux transmissions radio.

 
Photo: Archives de la famille.
 
Il entre aux PTT, aux retransmissions radio à la Tour Eiffel.

Il épouse Giselle CALMELS et ils auront 5 enfants.

Il exerce la profession de vérificateur IEM (Installations Electromécaniques) des P.T.T. quand il s'inscrit au Conservatoire National des Arts et Métiers pour l'année 1938-1939, mais il ne valide pas son année pour une raison non connue  

Il devient ensuite le chef du Centre Spécial de Vichy installé au Château de La Rigon à Bellerive-sur-Allier (03).
 

Document de gauche: Château de la Rigon à Bellerive-sur-Allier en 1942. Source: Archives de la famille.
 
Document de droite: Emetteurs destinés au brouillage. Source: Archives de la famille.
 
 

Il appartient au réseau «Jade Fitzroy» sous le pseudonyme de «Janin».

Jade-Fitzroy: Réseau affilié à l'Intelligence Service créé en en décembre 1940 par Claude Lamirault. Il se spécialise dans la recherche de renseignements militaires destinés au M 16 à Londres. Il recueille le maximum de renseignements concernant les déplacements de l'armée allemande, la production aéronautique, l'activité des ports, les transmissions téléphoniques et télégraphiques ainsi que l'emplacement des défenses côtières, puis des rames de lancement V1 et V2.
Source: Alya Algan dans Dictionnaire Historique de la Résistance

Jean SCHLOTTERBECK s'occupe de camoufler et de cacher le matériel d'émissions radio. Il participe à la construction d'émetteurs clandestins et à l'organisation de la Radiodiffusion en zone Sud.

Il est arrêté le 10 mars 1944 à Bellerive-sur-Allier et interné à la Gestapo de Vichy. Deux de ses collègues, Camille SUDRIE et Roger FOIX, seront également arrêtés. Puis il est transféré à la Mal-Coiffée, prison militaire allemande à Moulins (03).
 
De Compiègne où il a été transféré il fait parvenir grâce à un cheminot une lettre à son épouse.
 
 
Archives de la familleArchives de la famille

                                                26.4.44

Ma Gisèle Chérie
     J'ai l'occasion de t'écrire en fraude un tout petit mot. La santé se maintient bonne. Ma résidence est Compiègne où tu peux me faire parvenir 2 colis par mois (1 de 5 kilos et 1 de 3 kilos pas plus.
     J'espère que tu te portes bien ainsi que notre petite Marie-France.
     Je te quitte en t'embrassant bien fort.
Jean
Front Stalag 122
Compiègne
Oise
de la part d'un cheminot
qui a vu Mr Jean
Source des documents ci-dessus: Archives de la famille.
 
De Compiègne il est ramené à Paris pour déterrer des bombes alliées non explosées tombées sur les gares parisiennes.
 
Il réussit à faire passer à son épouse deux lettres envoyées de Paris. Dans la première datée du 3 mai 1944 il lui indique que «C'est la deuxième semaine que je passe ici à manier la pelle et la pioche dans différentes gares de Paris qui sont entièrement détruites».
 
Dans la deuxième datée du 8 mai il lui fait part de son retour à Compiègne le lendemain.
 

Le 21 mai 1944 il est déporté de Compiègne à Neuengamme où il arrive le 24 dans le convoi N° I.214.

Il reçoit le matricule N° 32006 et après la quarantaine il est transféré au Kommando de Fallersleben.

Fallersleben-Maalberg: Kommando du KL Neuengamme ouvert le 26 avril 1944. Située à 27 km au nord-ouest de Brunswick, la ville accueille le siège de Wolfsburg des usines Volkswagen. Les détenus (dont environ 650 déportés) travaillent pour cette firme et sont également employés à des travaux de construction (canal et chemin de fer).
Sources: Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation et Mémorial des Français Déportés à Neuengamme.
 
Il est évacué en avril 1945 vers Ludwigslust. Il y est libéré le 2 mai 1945 et rentre le 20 mai.
 
 
Selon le Service Historique de la Défense (GR 16 P 539919), il est homologué en tant que Résistant au titre des F.F.C. (Forces Françaises Combattantes),de la R.I.F. (Résistance Intérieure Française) et des D.I.R. (Déportés et Internés de la Résistance).

La carte de Déporté Résistant N° 1.011.03512 lui est attribuée sur décision du Ministère DeAnciens Combattants et Victimes de Guerre en date du 14 mars 1951.

DIAC Clermont-Ferrand

Source: Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Clermont-Ferrand.

 
 Lui sont également attribuées

- la Médaille de la Résistance avec rosette (J.O. du 13 octobre 1946)

- la Croix du Combattant Volontaire (J.O. du 5 février 1953)

- la Croix de Chevalier de la Légion d'Honneur (J.O. du 13 novembre 1962).

 
Il décède le 11 décembre 1999 à Lezoux (63).
 
 

Témoignage de Jean SCHLOTTERBECK en réponse au Procureur du Roi à Soedenborg (Danemark) concernant «un ressortissant danois (…) qui est inculpé d'activité antinationale en faisant le service dans la Waffen S.S. dans des camps de concentration».

Monsieur le Procureur du Roi,

En réponse à votre lettre du 7 octobre 1946 j'ai l'honneur de répondre aux questions posées:

1°- Je reconnais l'homme présenté par les quatre photos référencées L.Nr 2097/46. Je ne me souviens plus de son nom. Il a été mon gardien au camp de FALLERSLEBEN et LUDWIGSLUST. J'ai été en contact avec lui depuis fin mai 1944 jusqu'au moment de la libération du camp de Ludwigslust le 2 mai 1945.

2°- Je me nomme SCHLOTTERBECK Jean. Mon adresse est la suivante: Centre Emetteur de Radiodiffusion à ENNEZAT (Puy-de-Dôme), employé en qualité de chef de section. J'ai été déporté par les Allemands pour résistance. Je ne connais qu'une seule langue, le français.

3°- J'ai été prisonnier dans les camps de concentration suivants: NEUENGAMME, FALLERSLEBEN et LUDWIGSLUST.

CAMP DE NEUENGAMME.

J'ai logé dans une baraque complètement isolée du camp par des fils de fer barbelés. Dans cette baraque nous étions environ deux mille prisonniers (2000). Lits formés de trois étagères largeur 0,80 environ, une étagère pour trois prisonniers, ce qui fait 9 prisonniers pour un lit. Nous n'étions livrés à aucun travail.

Nous étions habillés avec de vieux vêtements. Nourriture 150 grammes de pain environ, 10 grammes de margarine, 10 à 15 grammes de charcuterie, ½ à ¾ de litre de soupe très légère. Notre baraque étant séparée de l'autre partie du camp je n'ai pu me rendre compte du traitement des malades à l'infirmerie, ni des décès, ni des causes de ceux-ci. Je n'ai pas été témoin d'exécution.

CAMP DE FALLERSLEBEN.

Formé de quatre baraques, chaque baraque était divisée en chambres. L'ensemble de ces quatre baraques était entouré de fils de fer barbelés électrifiés par du courant alternatif triphasé 380 volts.

Dans chaque chambre 24 prisonniers, lits à deux étagères, deux petites couvertures de laine par prisonnier. Pendant les trois premiers mois il n'existait pas d'installation d'eau dans le camp.

Le nombre total de prisonniers était d'environ sept cents (700). Tous les prisonniers étaient affectés à la construction d'un camp pour des travailleurs civils. L'habillement se composait comme suit, une chemise, un caleçon, un pantalon et une veste rayés de toile bleu et blanc. Dans le courant du mois de janvier il a été distribué à chaque prisonnier un chandail léger, une paire de gants en toile ainsi qu'une paire de chaussettes. Nous étions chaussés de chaussures en toile à semelle de bois. Les prisonniers qui avaient usé leurs chaussures et, s'ils n'avaient pu obtenir leur remplacement, étaient obligés de travailler les pieds nus. La nourriture qui était au mois de mai 1944 de: 2 litres ½ de soupe, 500 grammes de pain, 10 grammes de margarine, 10 grammes de charcuterie, a été considérablement réduite. Pendant l'hiver les rations sont passées à 1 litre ½ de soupe, 300 grammes de pain, 10 grammes de margarine, 10 grammes de charcuterie, (le nombre d'heures de travail était de 12 heures de travail par jour réduit à 10 heures l'hiver).

Comme signalé plus haut pendant les mois de mai, juin et juillet l'eau distribuée pour la boisson était de ¼ de litre par jour. Cette quantité étant nettement insuffisante pendant les chaleurs, nous étions obligés de récupérer l'eau de pluie sous les toits ou dans les trous creusés dans le sol. Je vous signale que le dimanche soir aucune distribution de soupe n'était faite.

Les punitions infligées étaient les suivantes:

25 coups de bâton sur les fesses nues au moment de l'appel du soir. Cette correction pouvait être donnée pendant le travail par l'inculpé. En cas d'évasion tous les prisonniers du camp étaient privés de nourriture et devaient rester sur les rangs de l'appel toute une nuit et par n'importe quel temps.

L'infirmerie du camp n'était pas approvisionnée pour soigner sérieusement les malades. En général tous les prisonniers étaient atteints d'œdème. Tous les prisonniers qui mourraient au camp sont morts d'œdème, de septicémie, de faim. Le nombre total des morts a été de cinquante environ pour la période de mai 1944 à avril 1945.

Une seule exécution a eu lieu au camp de Fallersleben. Un prisonnier russe ayant voulu s'évader pendant son travail a été tué sur le champ par les gardiens SS du camp.

CAMP DE LUDWIGSLUST.

Dans ce camp de nombreux prisonniers étaient obligés de coucher à même le sol dans les baraques du camp. Un seul robinet d'eau pour cinq mille prisonniers (5000), même habillement que dans le camp de Fallersleben. Dans ce camp nous étions dévorés par la vermine.

La nourriture était très insuffisante ¼ à ½ litre de soupe 80 à 100 grammes de pain et un petit morceau de margarine. Nous ne devions fournir aucun travail. Par contre il nous était interdit de nous abriter dans les baraques dans la journée. Nous devions donc rester en plein vent et sous la pluie toute la journée.

Les malades étaient nombreux, il en mourrait une cinquantaine tous les jours, ils sont tous morts de faim. Tous les jours des prisonniers mourraient sur les rangs de l'appel. Les morts étaient allongés dans une baraque et, plus tard lorsque d'autres prisonniers sont arrivés, les morts étaient entassés les uns sur les autres à plus de un mètre à un mètre cinquante de hauteur. Dans ce camp certains prisonniers ont mangé du mort. Aucune exécution n'a eu lieu à l'intérieur du camp.

4°- Les nationalités représentées parmi les prisonniers étaient les suivantes: français, espagnols, belges, hollandais, suisses, tchèques, russes, polonais, allemands, portugais.

5°- Tout contact avec les gardiens étant impossible, je ne peux vous donner de précision sur la nationalité des gardiens et il m'est impossible d'affirmer qu'il n'existait pas parmi eux de Danois.

6°- L'inculpé était le chef des gardiens, il était chargé de vérifier et de faire exécuter correctement le travail des gardiens, il s'en acquittait parfaitement puisqu'au mois de mai il possédait le grade de caporal et a gagné très rapidement les galons de sous-officier.

Il s'est livré à des actes de brutalité, il a frappé lui-même des prisonniers pendant leur travail, il les a frappés soit avec un bâton soit avec une cravache ou un morceau de câble. Cet homme frappait avec une sauvagerie qu'il est impossible de décrire. Il était pire que tous les autres gardiens. Il était surnommé «Peau de Vache» ou «La Trique».

7°- En général cet homme avait la responsabilité des punitions officielles et assistait à celles-ci.

8°- Il m'est impossible de citer des cas spéciaux où cet homme a frappé des prisonniers, ceux-ci étant trop nombreux. Chaque fois qu'il a frappé un prisonnier il a fait preuve de sauvagerie. Je vous signale que cet homme avait un chien qu'il dressait pour mordre les prisonniers.

9°- Lors du transfert des prisonniers en avril 1945 de Fallersleben à Ludwigslust nous étions cent cinquante (150) par wagon, le convoi comprenait environ trois mille (3000) prisonniers. Il mourrait environ trente (30) prisonniers par jour. Presqu'aucune nourriture n'était distribuée pendant le voyage qui a duré plusieurs jours. Pendant ce voyage on ne voyait presque plus l'inculpé. Il était très difficile de voir ce qui se passait à l'extérieur des wagons.

10°- Je ne peux donner d'autres renseignements intéressant l'affaire.

11°- Je ne possède aucun document photographique.

Pour la vérification du portrait j'ai le regret de vous signaler que l'inculpé n'a pas changé malgré qu'il soit emprisonné depuis un an.

Je pense que les renseignements donnés vous intéresseront et vous demande de bien vouloir me communiquer les résultats du jugement rendu contre l'inculpé.

Veuillez agréer, Monsieur le Procureur du Roi, l'assurance de ma haute considération.

23 OCT 1946

 
 
Sources:

- Archives Départementales de l'Allier 1864 W 1,

- Archives du Conservatoire National des Arts et Métiers

- Archives de la famille

- Dictionnaire Historique de la Résistance sous la direction de François Marcot Robert Laffont 2006

- Direction Interdépartementale des Anciens Combattants de Clermont-Ferrand
 
- Etat civil de Lezoux (63)

- Livre mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation Editions Tirésias 2004

- Mémorial des Français Déportés à Neuengamme Amicale de Neuengamme

- Service Historique de la Défense (GR 16 P 539919)
 
- Témoignage écrit de Jean Schlotterbeck
 
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